Droit social, sécurité: Le modèle Ryanair bat-il de l'aile?

AVIATION La compagnie à bas coût vient d’être condamnée à payer 10 millions d’euros de dommages et intérêts pour non-respect du droit social français...

Enora Ollivier

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Un avion de la compagnie Ryanair.
Un avion de la compagnie Ryanair. — JS EVRARD/SIPA

L’ère Ryanair serait-elle sur le déclin? La compagnie à bas coût a été condamnée ce mercredi par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence à une amende de 200.000 euros et à payer 10 millions d'euros de dommages et intérêts aux parties civiles pour avoir enfreint le droit social français. Une décision qui intervient alors que les critiques s’accumulent contre l’entreprise, mise en cause cet été sur des questions de sécurité.

Avec Ryanair, en quelques années, «on est passé d’un modèle novateur, qui suscitait l’admiration, à tout le contraire», note Antoine Godier, pilote et chargé de communication du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), qui s’était porté partie civile lors du procès. Selon lui, la compagnie est maintenant attaquée sur trois fronts: «Le social, la sécurité, et le racket des collectivités locales» qui en ont assez d’être sollicitées par la compagnie pour des subventions.

Un modèle «amené à évoluer»

Le portefeuille de la compagnie vient d’être atteint «mais pas de manière à lui faire peur», pense-t-il, tout en estimant que «le modèle Ryanair va être amené à évoluer». L’évolution pourrait se faire grâce à l’intervention des autorités européennes et nationales, qui se rendent compte que certaines pratiques «tuent le transport aérien».

En août, le ministre des Transports français Frédéric Cuvillier s’était ainsi fendu d’un communiqué  -une première– pour «rappeler son attachement à la protection sociale des salariés du transport aérien, et sa volonté d’éviter le dumping social en Europe». Il avait également demandé des «éclaircissements» après la parution d’un sondage alarmiste sur les problèmes de sécurité chez Ryanair. 

L’enquête en question, réalisée par un syndicat interne contesté par l’entreprise, révélait que 94% des pilotes et commandants de bord souhaitaient une enquête des autorités et que 89% jugeaient la culture de Ryanair en matière de sécurité ni ouverte ni transparente. 

La compagnie va faire appel

John Gross, un pilote qui avait publiquement mis en cause le respect des normes de sécurité, a quant à lui été licencié en août pour «contribution diffamatoire». Il avait, comme d’autres, affirmé que la direction incitait les pilotes à embarquer moins de carburant et les dissuadait de signaler des problèmes de sécurité. La compagnie s’est défendue en arguant qu’aucun passager ou membre d’équipage n’a été tué depuis la fondation de Ryanair, en 1985.

Dès mardi, la compagnie avait annoncé qu’elle s’attendait à la «décision négative» tombée ce mercredi, et indiqué qu’elle ferait appel. Le jugement définitif pourrait donc n’intervenir que dans plusieurs mois. Malgré des résultats en baisse au premier trimestre, la compagnie aux 81 millions de passagers annuels et 569 millions d'euros de bénéfices (sur l'exercice 2012-2013) ne devrait donc pas être ébranlée dans l’immédiat.