Un plan pour booster les cours d'université en ligne

Delphine Bancaud

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Genevieve Fioraso, Ministre de l'Enseignement superieur et de la Recherche à l'Institut universitaire du Cancer à Toulouse le 15 juillet 2013.
Genevieve Fioraso, Ministre de l'Enseignement superieur et de la Recherche à l'Institut universitaire du Cancer à Toulouse le 15 juillet 2013. — LANCELOT FREDERIC/SIPA

Les facs françaises seraient-elles old school? Selon le ministère de l’Enseignement supérieur, seulement 3% des universités françaises proposent des cours en ligne, contre 80% aux États-Unis. Pour rattraper ce retard, Geneviève Fioraso lancera ce mercredi France université numérique. Un plan ambitieux pour «donner une impulsion nationale à ce dossier»,  explique le ministère. Parmi les objectifs visés: que chaque étudiant puisse bénéficier d’au moins un cours en ligne dans son cursus d’ici à 2017.

Geneviève Fioraso va notamment annoncer le demarrage en janvier 2014 de «la première plateforme nationale de Moocs», des cours d'université gratuits en ligne s'adressant à un large public. Les internautes pourront s'incrire à partir du 28 octobre sur www.france-universite-numerique-mooc.fr, pour suivre des cours de diverses disciplines comme les mathématiques, l'histoire, la philosophie, la biologie, le management, le droit... conçus par une dizaine d'établissements comme HEC, l'Ecole Polytechnique, l'Ecole centrale Paris, l'Institut mines telecom, le Cnam ou les universités Bordeaux 3, Montpellier 2, Sorbonne Paris Cité et Paris X Nanterre.

De nouveaux moyens seront aussi annoncés pour booster le numérique. Ainsi 500 postes sur les 5.000 qui seront crées sur le quinquennat dans l’Enseignement supérieur, seront fléchés pour le développement du numérique. Et dans le cadre des investissements d'avenir, 12 millions d'euros seront consacrés au développement de formations numériques innovantes. La ministre devrait aussi annoncer un renforcement de la formation des enseignants sur ce sujet, ainsi que la mise en place de vice-présidents en charge du numérique dans chaque université.

Peu de contenus réellement multimédias

L’enjeu est de taille dans un marché de l’éducation mondialisée où la concurrence entre les universités n’a jamais été aussi forte. «Or, à l’heure actuelle, si beaucoup d’universités françaises proposent du présentiel enrichi (cours magistraux ou documents power point disponibles sur les environnements numériques de travail), peu d’entre elles affichent des cursus entièrement en ligne ou des formules d’enseignement mixtes avec de véritables contenus pédagogiques multimédias», explique François Germinet, président de l'université de Cergy-Pontoise et du comité numérique de la Conférence des présidents d'universités. Une absence de dynamisme sur le sujet qui s’explique selon lui, par la fait que «le numérique n’est pas assez entré dans la stratégie des universités et qu’il est resté l’apanage de quelques enseignants passionnés».

Avec son plan, la ministre de l’Enseignement supérieur espère ainsi rénover la pédagogie à l’université par le numérique, ce qui permettra un «accompagnement plus personnalisé des étudiants, des cours interactifs, du tutorat en ligne, davantage d’interactions avec les enseignants et la mise en ligne de ressources pédagogiques», explique le ministère. «Car aujourd’hui la plus value de l’enseignant ne doit plus d'être détenteur du savoir, mais de pouvoir accompagner les étudiants dans l’assimilation des connaissances», explique François Germinet.

Suivre l’exemple de l’université Fourier

L’université Joseph Fourier de Genoble, citée en exemple par le ministère, a déjà entamé ce virage en 2006 en réformant sa première année commune aux études de santé (Paces). «Nous avons mis fin aux cours magistraux dans des amphithéâtres surchargés, en les mettant à disposition des étudiants sur DVD et sur le web. Ces derniers travaillent ensuite dessus en groupes avec des tuteurs en ligne, qui contrôlent l’assimilation des connaissances. Puis les étudiants envoient leurs questions sur les cours aux enseignants avec lesquels ils échangent lors de sessions en petits groupes», décrit Patrick Levy, le président de l’université. Un système qui permet aux élèves d’étudier dans de meilleures conditions et qui œuvre même en faveur de l’égalité des chances, selon Patrick Levy. «La pédagogie étant plus efficace, les étudiants ne ressentent pas forcément le besoin de prendre des cours de soutien privés pour préparer les concours», souligne-t-il.«Transformer ce cursus a été certes un investissement au départ, mais à l’arrivée, il bénéfique aux étudiants comme aux enseignants», conclue-t-il.