Guerre de 14-18: Réhabiliter les fusillés «pour l'exemple»

ARMEE Une rapport remis ce mardi au ministre des Anciens Combattants préconise des pistes pour réintégrer ces soldats dans la mémoire nationale...

avec AFP

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Certains ont craqué un jour, refusant d'aller à la tuerie, malgré les ordres de leur officier, d'autres se sont mutinés: un rapport d'historiens remis mardi au ministre des Anciens Combattants, Kader Arif, préconise des pistes pour réintégrer dans la mémoire nationale ces soldats français, souvent "fusillés pour l'exemple" par les leurs, entre 1914 et 1918.
Certains ont craqué un jour, refusant d'aller à la tuerie, malgré les ordres de leur officier, d'autres se sont mutinés: un rapport d'historiens remis mardi au ministre des Anciens Combattants, Kader Arif, préconise des pistes pour réintégrer dans la mémoire nationale ces soldats français, souvent "fusillés pour l'exemple" par les leurs, entre 1914 et 1918. — Jean-Christophe Verhaegen AFP

Certains ont craqué un jour, refusant d'aller à la tuerie, malgré les ordres de leur officier, d'autres se sont mutinés... Un rapport d'historiens remis mardi au ministre des Anciens Combattants, Kader Arif, préconise des pistes pour réintégrer dans la mémoire nationale ces soldats français, souvent «fusillés pour l'exemple» par les leurs, entre 1914 et 1918.

«Aujourd'hui, on compte autour de 600 à 650 fusillés pour des faits relevant de la désobéissance militaire et, en comptant les crimes de droit commun et l'espionnage, 740 environ au total», recense ce rapport issu du groupe de travail animé par le président du Conseil scientifique de la Mission du Centenaire, Antoine Prost.

Les auteurs du document prennent soin d'effectuer une distinction entre les «fusillés» et les «mutins» de l'année 1917. «La plupart des fusillés l'ont été en 1914 et 1915» et seulement «une petite trentaine» des 40 à 80.000 mutins, «suivant des estimations récentes», ont été passés par les armes.

«Les exécutions devaient exercer un effet dissuasif sur la troupe [...] Elles devaient servir d'“exemple” , ce qui ne veut pas dire que les soldats exécutés étaient innocents, mais signifie que leur jugement visait aussi à éviter d'autres désobéissances d'autant que l'exécution se faisait devant la troupe.»

Le rapport relate quelques cas poignants, comme celui de ces quatre soldats condamnés à mort et exécutés, en 1915, pour avoir refusé de repasser à l'attaque, alors qu'ils venaient de s'épuiser dans de vains assauts.

«la plupart étaient de bons soldats qui ne méritaient pas la mort»

 «La question posée aujourd'hui [...] n'est plus celle des victimes d'injustices avérées, mais celle de fusillés en quelque sorte “ordinaires”. Pas nécessairement des mutins, ni des fusillés “pour l'exemple”», mais des soldats qui «ont eu un jour un moment de faiblesse ou de ras-le-bol».

Cent ans après le début du premier conflit mondial, «un large consensus existe dans notre société pour estimer que la plupart n'étaient pas des lâches» mais de «bons soldats, qui avaient fait leur devoir et ne méritaient pas la mort», souligne le rapport.

«Nos contemporains, insiste-t-il, de droite comme de gauche, n'ont plus l'intransigeance d'antan; beaucoup plus sensibles aux conditions épouvantables (des Poilus), ils comprennent que certains aient un jour ou l'autre “craqué”, sans être des lâches pour autant.»

Le rapport rappelle le discours de Lionel Jospin, en 1998, à Craonne (Aisne), appelant à ce que ces soldats «plongés dans un désespoir sans fond (qui) refusèrent d'être des sacrifiés», réintègrent «notre mémoire collective nationale», ainsi que l'appel de Nicolas Sarkozy, dix ans plus tard à Verdun, défendant la mémoire de bien des «fusillés pour l'exemple».

Une déclaration solennelle

Le rapport avance en conclusion quatre scénarios possibles pour les pouvoirs publics.

Les auteurs écartent les deux premières solutions, «ne rien faire» ou une «réhabilitation générale». «On ne peut honnêtement déclarer que Mata Hari, fusillée en exécution d'un jugement de conseil de guerre, soit morte pour la France.»

La troisième solution, «la réhabilitation au cas par cas», constituerait une entreprise «très lourde, d'un coût hors de proportion avec ses résultats probables [...]. Refaire des procès cent ans après les faits n'a guère de sens».

Les auteurs du rapport ne cachent pas leur préférence pour une quatrième solution: «Une déclaration solennelle éventuellement renforcée d'un projet pédagogique». Cette déclaration affirmerait «de façon très forte que beaucoup de fusillés, mais non pas tous, l'ont été dans des conditions précipitées, parfois arbitraires».

«Déclarer que ces soldats sont eux aussi, d'une certaine façon, “morts pour la France”, constituerait une réhabilitation morale, civique ou citoyenne.» «Le débat sur les faits, conclut le rapport, nous semble aujourd'hui tranché. Il reste à en tirer les conséquences au plan mémoriel et symbolique, pour réintégrer pleinement les fusillés dans la mémoire nationale.»