Huit membres d'une filière jihadiste condamnés à Paris

JUSTICE Le groupe s'était donné pour but de favoriser le recrutement en France, la formation physique et idéologique et l'envoi au Pakistan de jeunes volontaires...

avec AFP

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Chez les Doumbia, il y a six garçons, tous en prison. Trois d'entre eux sont dans le box des accusés au procès de l'enlèvement et des tortures infligées à un agent de change, qui a débuté vendredi à Paris, et crient pourtant leur innocence.
Chez les Doumbia, il y a six garçons, tous en prison. Trois d'entre eux sont dans le box des accusés au procès de l'enlèvement et des tortures infligées à un agent de change, qui a débuté vendredi à Paris, et crient pourtant leur innocence. — Thomas Samson AFP

Les huit membres d'une filière jihadiste, dont deux avaient été interpellés en 2011 au Pakistan, ont été condamnés lundi à des peines de 18 mois à 8 ans de prison par le tribunal correctionnel de Paris.

Le procureur de la République avait requis des peines de 2 à 8 ans à leur encontre.

Le tribunal a condamné Mohamed Niaz Abdul Raseed, ressortissant indien de 24 ans, considéré comme le chef du groupe, à 8 ans de prison et une interdiction définitive du territoire français.

Il a prononcé une peine de cinq ans d’emprisonnement à l'encontre de Charaf-Din Aberouz, Français d'origine marocaine de 27 ans, et Saad Rajraji, Franco-marocain de 24 ans, présentés comme «les bras droits, les lieutenants» de Mohamed Niaz et «les émirs» du groupe.

«Désigné volontaire»

Charaf-Din Aberouz est l'un des deux candidats au jihad qui avaient été interpellés le 25 janvier 2011 par les autorités pakistanaises à l'aéroport de Lahore où ils étaient attendus par un «facilitateur d'Al-Qaïda» qui devait les conduire vers un camp d'entraînement au jihad armé.

Son compagnon de voyage, Zohab Ifzal, Français d'origine pakistanaise de 24 ans, n'a en revanche été condamné qu'à 42 mois de prison dont 18 mois avec un sursis simple. Il avait été «désigné volontaire» par le groupe pour ce départ, même s'il avait des convictions radicales, avait reconnu le procureur dans ses réquisitions. Parmi les autres prévenus, Larossi Abballah, 22 ans, a été condamné à 3 ans de prison dont six mois avec sursis et mise à l'épreuve pendant deux ans, Emirhan Deniz Sogut, 22 ans, à 3 ans de prison dont 1 an avec sursis avec possibilité d'aménagement de peine et Rédouane Ghandi, 26 ans, à 18 mois avec sursis.

Enfin, le tribunal a condamné Yoan Glet, 31 ans, actuellement en fuite à l'étranger, à une peine de 18 mois de prison assortie d'un mandat d'arrêt.

«Paumés» et «incultes»

Le groupe jugé pour «association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes» s'était donné pour but de favoriser le recrutement en France, la formation physique et idéologique et l'envoi au Pakistan de jeunes volontaires pour le jihad armé.

«La mécanique de cette filière est celle que l'on rencontre dans la plupart des dossiers de ces groupes constitués pour commettre le pire: il y a la cristallisation qui se fait autour de la personnalité d'un individu qui, par son image, son érudition et sa faculté à convaincre, va entraîner les autres et, parce qu'il est bien secondé, va arriver à ses fins», avait résumé le procureur dans ses réquisitions.

«C'est une décision sans surprise qui a pâti du contexte défavorable du conflit Syrien», a réagi l'avocat de Mohamed Niaz, Me Sébastien Bono, après l'énoncé du jugement.

«Extrêmement lourd»

«Mon client se demande s'il a été jugé pour les faits ou si le tribunal a souhaité adresser un message à ceux qui seraient tentés d'aller combattre dans ce pays. Huit ans de prison pour avoir consulté des sites islamistes sur internet, c'est extrêmement lourd», a-t-il ajouté

Pour l'avocat de Zohab Ifzar, Me Hervé Denis, la peine infligée à son client s'explique «à la fois parce qu'il a accepté de se rendre au Pakistan mais aussi parce qu'il a été manipulé» par le groupe pour s'y rendre. «Ce dossier a permis de montrer combien ces filières jihadistes ont un fonctionnement sectaire», a-t-il estimé.

Dans leurs plaidoiries, les avocats des six prévenus avaient tous minimisé la dangerosité du groupe. «Ce ne sont pas de dangereux terroristes mais des pieds-nickelés, de jeunes paumés sans repère et incultes, qui se cherchaient une identité dans l'islam radical», avait soutenu Me Georges Sauveur, avocat de Saad Rajraji.