Leroy Merlin: «Un dimanche, c’est 3.500 clients et 12% du chiffre d’affaire de la semaine»

REPORTAGE Les salariés du magasin de bricolage refusent de renoncer aux avantages du travail dominical. A Ivry-sur-Seine, les clients ont signé en nombre la pétition de soutien...

Aurélie Delmas

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Le magasin Leroy Merlin de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) a ouvert ses portes le dimanche 29 septembre 2013, malgré l'interdiction judiciaire.
Le magasin Leroy Merlin de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne) a ouvert ses portes le dimanche 29 septembre 2013, malgré l'interdiction judiciaire. — A. GELEBART / 20 MINUTES

«Yes Weekend!» Les salariés du magasin Leroy Merlin d’Ivry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, étaient mobilisés ce dimanche contre l’interdiction d’ouvrir le dimanche prononcée jeudi. «Qui cela gène-t-il? Personne ne demande l’avis des salariés!», s'exaspère Amokrane Rabah, conseiller de vente et membre du collectif de salariés «Les bricoleurs du dimanche», créé il y a dix mois.

Les portes sont grandes ouvertes et Leroy Merlin ne s’en cache pas, au contraire. Pancartes à l’entrée, t-shirt et badges portés par les employés, stands pour que les clients signent une pétition de soutien… tout est organisé pour qu’on parle de cette ouverture. Rien d’illégal pour cette fois puisqu’une autorisation de la préfecture a été obtenue in-extremis la veille. Mais qu’en sera-t-il la semaine prochaine? C’est encore un mystère. «Personne ne veut se mouiller et les syndicats ne nous soutiennent pas», explique Amokrane Rabah. Les employés comptent donc sur une nouvelle dérogation préfectorale d'ici là.

Menaces sur l'emploi

Au cœur du problème, ceux qu’on appelle ici les «contrats week-end». Si l’interdiction est maintenue, une partie de la cinquantaine de salariés concernés sera sûrement licenciée. Pour Laëtitia Ludovic, étudiante et en CDI «week-end» dans l’entreprise depuis trois ans, la menace est simple: «perdre un emploi» qui lui permet de «payer loyer et études». Depuis cinq ans, elle travaille tous les samedis et dimanches, ce qui lui permet d’empocher «entre 800 et 1.200 euros» par mois pour 15 heures de travail par week-end. «J’ai déjà eu d’autres emplois et c’est bien mieux rémunéré ici», sourit la jeune femme. «Pour nous, la rémunération est proportionnelle à l’effort demandé», renchérit Nadia, dans la même situation depuis sept ans.

Pour les salariés à temps-plein, le manque à gagner est conséquent aussi, entre 120 et 150 euros par dimanche travaillé, estime Amokrane Rabah. «On est deux fois plus nombreux à travailler ce jour là. Un dimanche, c’est autour de 3.500 clients et 12% du chiffre d’affaire de la semaine», fait valoir le conseiller de vente. Selon lui, les 300 salariés du magasin, travailleurs du dimanche ou pas, sont solidaires: «On fait du chiffre le dimanche et cela permet à tout le monde de toucher une prime intéressante.»

«Les jeunes ont besoin de travailler»

Parmi la clientèle, nombreuse dans les rayonnages en ce dimanche matin, l’indifférence a laissé place à un soutien massif. «Ils se bousculent pour signer», assure Nadia, qui tient le stand de la pétition, «un architecte nous a même laissé une lettre pour expliquer que l’ouverture le dimanche était "vitale" pour lui».

A la mi-journée, plus de 400 personnes avaient déjà apposé leur signature. Pierre et Reinette Eschylle sont même venus exprès pour soutenir les salariés. «Je m’en fiche personnellement, je peux venir en semaine, explique Pierre Eschylle, mais les jeunes ont besoin de travailler, on ne va pas les forcer à arrêter leurs études.» Le sentiment général est unanime, à partir du moment où les salariés sont volontaires, cela semble ne poser de problème à personne.

Emilie Chhoeu vient acheter du parquet et voit avant tout l'aspect pratique: «Je préfère venir que d’acheter sur internet pour voir les produits, les toucher. Je travaille en semaine et préfère ne pas avoir à affronter la cohue du samedi.» Au rayon des étagères, Marc Doumeche admet bien quelques «scrupules», mais il concède: «Si le personnel se mobilise et n’a vraiment aucune pression pour venir travailler, que dire?».