Ils soutiennent le bijoutier de Nice «avec leurs tripes plutôt qu'avec leur cerveau»

TÉMOIGNAGES uit jours après le drame de Nice, la page Facebook de soutien au bijoutier compte 1,6 million de fans. Parmi eux, des internautes de «20 Minutes»...

Christine Laemmel

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BEBERT BRUNO/SIPA

«Ce n’est pas le bijoutier qui a réagi, c’est l’humain.» La voix tremblante au téléphone, Gilles, Strasbourgeois de 64 ans, se remémore le cambriolage qu’il a subi, dans sa boutique, en 1979. Incapable de ne pas faire un parallèle avec le drame de Nice. Il nous parle de «terreur», de «choc», puis de son «like», naturel. «Absolument, j’ai aimé cette page de soutien au bijoutier», affirme-t-il, la voix décidée. Comme lui, les internautes sont nombreux, à comprendre, excuser parfois, ou donner leur aval au geste fatal du bijoutier. Quelles sont leurs motivations? De la compassion à la promotion de l'auto-défense, ils ont tous en commun de réagir les nerfs à vif.

Cette nuit de 1979, l’échange de coups de feu avait blessé un braqueur dans la boutique de Gilles. Le bilan est plus lourd à Nice. «Mais il faut comprendre que dans les minutes qui suivent, vous êtes comme une feuille morte, vous n’êtes plus vous-même», insiste Gilles.

«Je suis pour que les gens agressés se défendent»

Le stress est un des arguments repris par beaucoup d’internautes. Avec le «ras-le-bol», selon Steve. Stephan Turk «s’est fait braquer plusieurs fois, je comprends qu’il en ait eu marre» nous lâche ce Parisien de 39 ans. Philippe égraine quelques faits divers récents, au cours desquels la victime a «répliqué». Il se dit «content» de la réaction du bijoutier du Nice. Puis plus nuancé, il explique : «Je suis pour que les gens agressés se défendent, nous dit-il, mais je ne cautionne pas l’acte en tant que tel.» Alors il a «aimé» la page Facebook de soutien au bijoutier, «en tant que citoyen» estime-t-il, un peu comme une bouteille à la mer. «Je serais pour qu’il n’y ait pas d’agression du tout». Une affaire de «tripes plutôt que de cerveau» estime une internaute.

Car Philippe est terrorisé. Expatrié à La Haye puis à Munich, il n’est pas revenu en France depuis 1984. Il confie sa «peur de revenir», refroidi par les échos qu’il dit recevoir de ses amis lyonnais et marseillais. Des insultes, des agressions, des amis qui souhaitent s’armer, «ils exagèrent un peu» nous souffle-t-il.

Face à ça, la Justice, selon lui, «crée un appel d’air à la criminalité». Comme Philippe, un certain nombre d’internautes accablent un «Etat qui fait défaut». 

«Ma nature change car la justice déconne»

«La justice n’apporte plus les réponses suffisantes, considère Michael. Heureusement que les gens se mobilisent». Retraité niçois de 63 ans, Michael a choisi de s’armer. Il explique s’être endurci avec les années. Ancien agent du renseignement militaire, puis membre du service de protection des hautes personnalités, il refuse le sentiment d’ «impunité» des délinquants. «Il ne faudra pas qu’on m’agresse à mon domicile. Si un cambrioleur sort un couteau, il sera mort, je suis catégorique.».

Quelques années plus tôt, c’est pourtant presque avec pédagogie que Michael avait reçu un «jeune» l’ayant «agressé verbalement» en bas de son immeuble. «Soit on se casse la gueule, soit on essaie de comprendre pourquoi tu fais ça», aurait-il dit à son agresseur. Qui lui aurait finalement confié sa difficulté à trouver un emploi avant d’accepter l’aide proposée par Michael, pour rédiger son C.V. Incohérent? «C’est ma nature qui change car la justice déconne, c’est une idiotie. La seule réponse, c’est l’auto-défense, qui est aussi une idiotie.»