La lutte contre les drogues se met au 2.0

Vincent Vantighem

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Le coût social d'une interpellation pour usage de cannabis est estimé à 3.300 euros.
Le coût social d'une interpellation pour usage de cannabis est estimé à 3.300 euros. — POUZET/SIPA

C’est d’abord un constat inquiétant. Les jeunes Français sont en tête des consommateurs de cannabis au niveau européen. A 17 ans, 31,5% d’entre eux fument quotidiennement. Et la moitié d’entre eux a déjà connu un épisode «d’alcoolisation ponctuelle importante» qu’ils ont plutôt coutume d’appeler une «sévère cuite». Pour enrayer cette tendance qui «augmente et se féminise», la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les toxicomanies (MILDT) a donc choisi de se mettre au 2.0. Dévoilé ce jeudi soir au gouvernement, le plan prévoit une multitude d’actions sur les supports numériques.

Un programme «Quit the shit» en chat

«Pour les jeunes en difficultés, ce qu’il manque souvent, c’est l’occasion d’en parler», confie à 20 Minutes Danièle Jourdain-Menninger, la présidente de la MILDT. Et comme les jeunes passent un temps considérable sur Internet et les réseaux sociaux, autant leur proposer de «chater» sur ce sujet. Initié en Allemagne, le programme «Quit the Shit» sera donc bientôt développé en France. Via un chat avec des thérapeutes spécialisés, le programme propose tout simplement d’arrêter de fumer du cannabis en 50 jours. Anonymement, chaque participant doit rédiger un journal de bord sur son expérience. «Discuter par chat avec son tuteur et évaluer sa consommation une fois par semaine m’a vraiment aidé à arrêter, confie par exemple Selma (lire son témoignage en allemand), une Allemande de 21 ans qui fumait quotidiennement des joints. Cela permet de s’en sortir étape par étape et de voir que l’on peut y arriver.»

Une surveillance accrue des trafics en ligne

Aider les jeunes à arrêter de fumer, c’est bien. Les empêcher de commencer à le faire, c’est encore mieux. Dans son plan d’actions doté de 50 millions d’euros sur deux ans, la MILDT a donc prévu d’améliorer la «surveillance des canaux d’accès à la cannabiculture et aux nouveaux produits de synthèse en vente sur Internet». Les 692 magasins de vente en ligne recensés sur la toile seront désormais sous surveillance. «On s’est aperçu que les jeunes achetaient de plus en plus de produits en ligne et se faisaient livrer, poursuit Danièle Jourdain-Menninger. On leur propose des graines de cannabis bio. Ils ont l’impression que c’est un bon produit alors que le taux de THC est très élevé et donc très dangereux… Et ce n’est pas pour poser sur son balcon!»

E-Formation et réseaux sociaux

Comme souvent dans pareil cas, il faudra d’abord passer par une phase de formation de tous les professionnels dédiés à la lutte contre les toxicomanies. «Les douanes vont bénéficier de nouveaux outils spécialisés», indique ainsi par exemple une source à la MILDT. Quant aux professionnels de la santé, ils se verront proposer des formations en ligne afin de se tenir au courant sur les dernières évolutions. Enfin, «nous allons investir les réseaux sociaux en utilisant les codes et le langage des jeunes afin de les toucher», assure Danièle Jourdain-Menninger. Une nécessité quand on sait, comme le précise le plan, que «les consommations de produits sont associées chez les jeunes à des comportements à risque comme les rapports sexuels non-protégés, les actes de violence ou encore la conduite à risque d’un véhicule».