«Jeûne et Rando»: «Après l'effet Destop, l'état de jeûne commence»

TÉMOIGNAGE n 2008, Philippe Mari est parti pour une semaine «Jeûne et Rando» dans la Drôme. Un voyage en territoire inconnu grâce auquel il a arrêté de fumer...

Vincent Colas

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Photo d'illustration jeûne.
Photo d'illustration jeûne. — SUPERSTOCK / SIPA

Priver son corps pour le rendre plus fort. Philippe Mari, la soixantaine, a tenté l'expérience au printemps 2008, alors que le jeûne n'était pas encore une mode. Il est parti sept jours dans la Drôme avec une vingtaine de personnes âgées de 30 à 55 ans. La grande majorité des participants cessaient de s’alimenter pour la première fois. Leur quotidien: «Beaucoup d'eau, quelques bouillons, quatre heures de marche et des groupes de paroles.» Philippe a besoin d'«une rupture pour se passer de ses 45 cigarettes quotidiennes et son cendrier portable». Il a tout essayé, les patchs, la volonté, rien n'y fait.

Pour la énième fois, il se promet que c'est sa dernière cigarette

Une semaine avant de partir, il fume encore un paquet. La veille, pour la énième fois, il se promet que c'est la dernière. Sa consommation diminue, mais son travail n'avance plus. Pour se préparer, il mange aussi davantage de légumes comme le lui a conseillé l'organisateur de son séjour, Gisbert Bölling, créateur de la Fédération Jeûne et Rando (www.ffjr.com), qui anime des stages depuis 1990.

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Sur place, «pas d'acte médical, mais des mesures de la masse musculaire, osseuse, graisseuse» à l'arrivée, puis avant le départ. Et plein de questions: «Est-ce je vais tenir? Avoir des nausées, mal au ventre? Est-ce je vais dormir?» La cigarette est passée au second plan. «Le soir, chacun fait part de ses difficultés. Les organisateurs donnent des conseils pour changer d’alimentation, après.» Philippe apprend à se méfier de certains aliments grâce à «la règle des quatre blancs» (sucre, sel, lait et farine).

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Il souffre moins que ce qu’il pensait. Ses jambes flageolent un peu le matin, mais il ne ressent ni crampes ni maux de tête. Au bout de deux jours et demi, c’est «la première purge». Il avale une solution à base de sels sodium. «Après l’effet Destop, l’état de jeûne commence». Grand air, marche ou vertu de la diète, une esthéticienne qui participe au séjour trouve qu’il a changé de teint. Pendant les quatre jours suivants, il se sent lucide et en forme, un sentiment d’euphorie ou de légèreté rapporté par de nombreux jeûneurs le gagne. A tel point que le dernier jour, il ne «ressent pas le besoin de manger». Il se réalimente, bouchée par bouchée, et ingurgite juste ce qu’il faut pour se nourrir, pas davantage.

Prêt à jeûner une quinzaine de jours

De retour chez lui, c’est la déprime. Un coup de blues propre à l’ancien fumeur. Un verre de vin, un bon repas, un café… Il repense à tous les plaisirs de la vie qu’il a associés à la cigarette et qu’il ne ressentira plus. Pendant un an, il suit une formation en tabacologie au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) «pour comprendre comment toutes ces associations - cigarette-café, cigarette-alcool, cigarette-travail - ont été défaites en une semaine et surtout, ne pas les refaire». Cinq ans après, il est toujours non-fumeur. Il espère réitérer l’expérience prochainement, pour une quinzaine de jours cette fois. Et organiser un premier stage «jeûne et défume» au Maroc, au printemps prochain.