Sur le jeûne, on trouve à boire et à manger

Vincent Colas

— 

Photo d'illustration sur le jeûne.
Photo d'illustration sur le jeûne. — PURESTOCK / SIPA

Cancers, hypertension, maladies articulaires, dépression, troubles obsessionnels compulsifs… Les exemples de rétablissements déconcertants ne manquent ni dans le documentaire de Thierry de Lestrade* ni dans son livre Le jeûne, une nouvelle thérapie?, qui sort ce jeudi.

Surtout, depuis peu, le corps scientifique se met à vanter les bienfaits du jeûne thérapeutique. Les dernières publications du professeur Valter Longo dans Science Transnational Medecine, en 2012, ont accéléré le mouvement. Selon les travaux de l’équipe de ce gérontologue spécialiste en génétique, de courtes périodes de jeûnes sont aussi efficaces que la chimiothérapie pour lutter contre certains cancers chez la souris. «On a de bonnes bases pour penser que le jeûne agit de la même manière chez l’humain que chez la souris, explique le chercheur à Thierry de Lestrade. […] Les gènes qui sont en jeu sont des gènes semblables.» D’autres études seraient en cours en Europe, en Australie, aux Etats-Unis…

Manque de preuves

En Allemagne, le jeûne thérapeutique est pratiqué dans quelques cliniques. Il est même remboursé par certaines mutuelles. En Russie, les premières expériences remontent aux années en 1950. Il est recommandé pour le traitement de nombreuses maladies mentales, notamment les troubles obsessionnels compulsifs.

En France, le corps médical dénonce le manque de preuves. Dans une thèse publiée en 2012, Jérôme Lemar souligne que les bienfaits du jeûne thérapeutique relèvent de «la croyance non scientifiquement prouvée» et que «seules quelques indications ont fait l’objet d’une évaluation ciblée et publiée».

Dérives sectaires

Et d’insister: «Insuffisante en termes de niveau de preuve, cette évaluation nécessiterait d’être plus rigoureuse pour juger de l’utilité réelle de ces pratiques et en déterminer le bien-fondé.»

Les institutions, elles, mettent en garde contre les dérives sectaires. Dans leur ligne de mire, les «gourous» qui prétendent guérir le sida ou le cancer.

Malgré le peu de preuves scientifiques, entre 3.000 et 5.000 personnes se laissent séduire par un jeûne diététique chaque année, selon la Fédération française Jeûne et Randonnée. La pratique a été importée par Gisbert Brölling qui anime des stages depuis 1990 pour «se régénérer et se désintoxiquer», sans aucun accident grave à déplorer.

Gisbert Bölling chez Christophe Dechavanne pour l'un des premiers débats en France sur le jeûne.

Côté recherche, l’hôpital d’Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis) préparerait pour début 2014 un essai sur l’effet du jeûne au cours de certaines chimiothérapies. Mais ses résultats ne seront connus que dans quelques années, si le budget est bouclé.

*Coréalisé avec Sylvie Gilman. Ce soir à 22h40 sur Arte. Mais visionnable ci-dessous pour les impatients.