La cuisine fait recette comme outil d'insertion

Mathieu Gruel

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Mme Fofana, au centre, initie les participants à la cuisine guinéenne, lors d'un atelier organisé par Kialatok, le 16 septembre 2013
Mme Fofana, au centre, initie les participants à la cuisine guinéenne, lors d'un atelier organisé par Kialatok, le 16 septembre 2013 — VINCENT WARTNER/20MINUTES

«Ils m'ont apporté du bonheur.» Madame Fofana est heureuse. Ce soir-là, elle accueille une dizaine de participants à un atelier de cuisine qu'elle va animer. Arrivée de Guinée il y a trois ans, c'est son premier boulot. Après pas mal de galères, Kialatok, spécialisé dans les ateliers de cuisine, lui a permis de retrouver le sourire. Et cet emploi en CDI.

La structure parisienne, créée par Florence Pellegrini et Kévin Berkane, deux amis d'HEC, souhaite ainsi valoriser le talent de personnes immigrées, en leur proposant un travail et une formation. «Nous leur donnons accès à des cours, notamment d'alphabétisation, et eux nous apportent un savoir-faire», explique Kevin Berkane, qui dit avoir lancé des procédures pour transformer Kialatok en entreprise d'insertion.

Entreprise d’insertion

Des démarches que Le Monde Gourmand, à Paris, a déjà accomplies. L'aventure de ce traiteur, lui aussi tourné vers la cuisine du monde, a débuté en 2005 «avec quatre femmes d'origines étrangères et un chauffeur», se souvient la directrice Catherine Langlois. Sept salariés y travaillent désormais. Des personnes venues d'horizons lointains, victimes «d'accidents de la vie», à qui «on apprend un métier et que l’on forme», explique Catherine Langlois, tout «en préservant les recettes des pays d'origine».

Après deux ans d’insertion, tous repartent avec un bagage et, pour certains, des projets. «L’un de nos chauffeurs est devenu taxi. Une journaliste Sri Lankaise, actuellement avec nous, projette d'ouvrir un restaurant», se réjouit la directrice, qui souligne l’importance de la valorisation que permet la cuisine.

Socialisation et responsabilisation

Une pratique qui, en plus de valoriser, «permet de sociabiliser et responsabiliser», explique-t-on du côté de la section d’initiation et de formation professionnelle de l’institut médico éducatif (IME) Les Peupliers, à Sèvres (Hauts-de-Seine).

Dans cet établissement, qui accueille 85 enfants et adolescents en situation de handicap mental et psychique, un atelier de cuisine a également vu le jour. «Et il est très demandé», explique Thomas Dugenet, le chef du service. Un peu parce que c’est «à la mode», reconnaissent Jérôme Pasquereau et Hélène Boucaud, les  deux éducateurs spécialisés qui l’animent.

Un outil «structurant»

Mais eux y voient surtout un outil «structurant», qui permet à ces jeunes de 15 à 20 ans de «travailler en équipe et de s’épanouir et progresser». Se mettre derrière les fourneaux apporterait ainsi autonomie et professionnalisation, même si l’IME ne dispense pas de formation qualifiante.

Au cas par cas, les apprentis cuisiniers peuvent ensuite espérer poursuivre leur route, «soit en milieu protégé, comme dans des établissements et services d’aide par le travail (Esat), soit en entreprise», explique  Maud Compagnon, chargée d’insertion.

Car même si ces ateliers de cuisine «ne soignent pas la pathologie de l’enfant», rappelle le chef du service, il n’est pas rare de voir «certains troubles s’atténuer pendant qu’ils cuisinent».