Des salles d'audience à Roissy suscitent l'indignation

IMMIGRATION Deux salles d'audience doivent ouvrir en septembre et décembre sur le tarmac de Roissy où des sans-papiers seront enfermés avant d'être expulsés...

20 Minutes avec AFP
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Aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle.
Aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle. — WITT/SIPA

Prise en charge  «plus humaine» de milliers d'étrangers ou  «justice d'exception» pour  «industrialiser les expulsions» ? Deux  salles d'audiences délocalisées,  construites à deux pas des pistes de  l'aéroport de Roissy, indignent  magistrats, avocats et associations.

Une salle ouverte en septembre, l'autre en décembre

La première, qui doit ouvrir fin septembre, est rattachée au  centre  de rétention (cra) du Mesnil-Amelot, le plus important de France,   coincé entre champs et entrepôts, à 400 mètres du tarmac, où des   sans-papiers sont enfermés en vue d'être expulsés.

La seconde, dont l'ouverture est prévue en décembre, a été  accolée à  la zone d'attente pour personnes en instance (zapi) de  l'aéroport, où  sont temporairement enfermés les passagers non admis sur  le territoire  français par la police aux frontières. Plus de 6.000  personnes  maintenues dans cette zone d'attente, dans la zone cargo qui  longe une  piste d'atterrissage, ont vu leur dossier examiné par un juge  des  libertés et de la détention en 2012.

A ce jour, les étrangers concernés sont transportés en  fourgon au  tribunal de grande instance de Meaux (pour le cra) ou de  Bobigny (pour  la zapi), où ces audiences ont lieu.

«Justice rendue sur  une piste d'aéroport»

Les deux projets représentent un casus belli pour nombre   d'associations d'aide aux immigrés, d'avocats et de magistrats, accusés   de bafouer plusieurs fondements du système judiciaire, comme la   publicité des débats ou l'indépendance des juges.

«La justice doit être rendue au coeur de la cité, pas comme  ça sur  une piste d'aéroport», martèle Robert Feyler, le bâtonnier du  barreau  de la Seine-Saint-Denis, soutenu par le Conseil national des  barreaux.

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a fait valoir à   plusieurs reprises qu'elle ne faisait qu'exécuter une délocalisation   actée sous l'ancienne majorité, qui a coûté 2,7 millions d'euros pour la   seule salle de Roissy. Sans tout à fait cacher ses réticences. «Le  lieu  où l'on rend la justice n'est pas anodin», a-t-elle ainsi concédé  cette  semaine.

«Industrialisation  des  reconduites à la frontière»

Actuellement, quand ils partent au tribunal de Bobigny, les   étrangers de la zapi, qui espèrent être libérés dans la foulée,   emportent valises et enfants, pour attendre parfois des heures dans une   pièce couverte de graffitis au confort sommaire, gardés par des   policiers.

Les autorités judiciaires la font volontiers visiter pour  souligner  le contraste avec les locaux modernes et aérés de la nouvelle  annexe, à  Roissy. Des audiences sur place «amélioreront les conditions  humaines,  de traitement», affirment-elles alors que les étrangers  peuvent passer  jusqu'à trois fois devant le juge en vingt jours.

«Ce n'est qu'une question de rentabilité, d'industrialisation  des  reconduites à la frontière», rétorque Stéphane Maugendre, qui  préside  l'association Gisti. «C'est la police aux frontières qui empêche  les  étrangers d'entrer en France, qui les place en zone d'attente,  qu'elle  gère d'ailleurs. C'est elle qui demande qu'ils y soient  maintenus. Le  magistrat risque d'être complètement phagocyté» s'il rend  justice sur  place, argue-t-il.

«C'est quand même dans une enceinte entourée de barbelés !»,   s'étrangle Me Feyler. Au Mesnil-Amelot, les juges, qui pourraient y être   détachés à plein temps, «déjeuneront tous les jours avec les CRS»,   pointe Laurence Blissou, juge à Meaux et déléguée du Syndicat de la   magistrature (SM, classé à gauche).