Stress Post-traumatique: «Quand j’en ai parlé, mon commandant m’a ri au nez…»

Vincent Vantighem

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Des soldats français en position dans la vallée d'Ouzbine (Afghanistan), le 12 mars 2009.
Des soldats français en position dans la vallée d'Ouzbine (Afghanistan), le 12 mars 2009. — T.MALTERRE / AFP

Depuis quelques semaines, Julien* conduit, enfin, à une vitesse normale. «Avant, je roulais comme un cinglé, raconte-t-il. Il ne pouvait y avoir personne devant ou derrière moi car j’avais peur d’une voiture piégée. Et puis, j’analysais les bas-côtés pour savoir où les talibans pouvaient s’installer pour une embuscade…» Cela fait pourtant bien longtemps que Julien n’arpente plus les pistes d’Afghanistan. Aujourd’hui, ce sont surtout les rues du sud de la France. Atteint par un état de stress post-traumatique (ESPT), cet ancien militaire a été réformé de l’armée il y a un an. Cela fait pourtant près de sept ans qu’il est rentré de mission et qu’il se bat contre «ses démons».

Coincé dans une passe sous le feu taliban

Ils l’ont frappé, en 2006, au fin fond d’une passe désertique au sud de Kaboul. «J’étais en mission avec les forces spéciales, raconte celui qui est âgé de 45 ans aujourd’hui. On est parti en mission pour espionner une réunion de chefs talibans. Mais on a été repérés. On était coincés dans une vallée et on savait que les insurgés nous attendaient à la sortie. On a pourri pendant deux jours comme ça. On savait qu’on avait une chance sur deux de sortir.» Ce jour-là, la «chance» a souri à Julien et ses compagnons d’armes. «J’étais content. Calme même. Mais quand on est rentrés à la base, l’un des infirmiers m’a dit de me méfier du contre coup…»

La main sur la cuisse droite pour dégainer son arme

L’infirmier avait raison. De retour en France, Julien découvre qu’il est «flippé» au moindre bruit. Il s’aperçoit aussi qu’il a, en permanence, sa main collée à sa cuisse droite. «C’était l’endroit où j’avais mon arme. Je n’arrivais pas à me départir de ce réflexe.» Aguerri, le militaire refuse de demander de l’aide pour ne pas compromettre la suite de sa carrière. «J’ai tout de même évoqué ces difficultés lors d’un débriefing, poursuit-il. Mon commandant m’a ri au nez…»

«Mon fils a fini par faire une tentative de suicide»

Les difficultés ne restent pas cantonnées à la base. «A la maison, ça n’allait pas non plus !» L’épouse de Julien, militaire elle-aussi, souffre en silence avant de sombrer dans la dépression. Julien* lui alterne périodes suicidaires et agressives. Surtout vis-à-vis de ses enfants. «Mon fils a quitté la maison à 16 ans. Il s’est réfugié dans l’alcool parce que son père était violent, avoue l’ancien militaire. Il a fini par faire une tentative de suicide…»

Les chiffres du ministère sous-estimés?

Reconnu «invalide à 70%», Julien regrette aujourd’hui de ne pas voir sa maladie prise en compte par les assurances. «Je suis dans l’incapacité de travailler. Je demande juste de la considération. Mais ça n’a pas l’air possible dans le secteur de la défense…» Contacté par 20 Minutes, le Service de santé des armées (SSA) indique pourtant que les douleurs psychologiques sont de plus en prises en compte. «Le ministre a fait des annonces il y a un an. Les choses évoluent peu à peu», indique ainsi le Capitaine Sandra Marcon. D’après les chiffres du SSA, 290 diagnostics d’ESPT auraient ainsi été réalisés entre 2010 et 2011. «C’est complètement sous-estimé, lâche amer un ancien militaire atteint du même mal. J’ai ouvert une page Facebook dédiée au sujet. En dix mois, j’ai reçu plus de 800 témoignages…»

Bataille de chiffres

D’après les études américaines, 5 à 15% des militaires peuvent présenter un trouble psychologique en rentrant de mission. Une enquête réalisée en France auprès de soldats envoyés en Afghanistan montre que 6,4% d’entre eux ont été atteints par un ESPT. La moitié ont eu, par la suite, des conflits familiaux et 26% ont divorcé.