Jean-Marie Delarue: «Pour assurer la sécurité publique, les prisons ne doivent pas être surpeuplées»

INTERVIEW Le contrôleur général des lieux de privation de liberté était à Lyon ce lundi à l'occasion de l’audience solennelle de rentrée judiciaire...

Propos recueillis par Caroline Girardon

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Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation  de liberté, pendant une conférence de presse à Paris en octobre 2012.
Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, pendant une conférence de presse à Paris en octobre 2012. — CHESNOT/SIPA

Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, était à Lyon lundi lors de l’audience solennelle de rentrée judiciaire. L’occasion de parler de privation de liberté en France et des projets de la Garde des Sceaux, Christiane Taubira...

Est-ce que vous diriez que la situation est catastrophique en France?
Non, je dirais simplement que ce qui est frappant, c’est qu’on a de plus en plus recours à la privation de libertés. Ce qui ne va pas nécessairement de soi au regard des chiffres de la délinquance par exemple. Deuxièmement, il est vrai que sur certains points, notre privation de liberté ne brille pas par son respect des personnes, notamment au regard de la qualité des constructions ou la manière dont certains commissariats de police peuvent être aménagés etc. Et troisièmement, je dirais que compte tenu de la surpopulation carcérale, les personnels qui doivent prendre en charge les personnes privées de liberté, souffrent aujourd’hui. On en maints témoignages. Il faut faire attention à cette souffrance et y porter remède.

Quelles privations de liberté avez-vous constaté?
Quand on est dans maison d’arrêt surpeuplée, on a beaucoup moins de chance d’avoir du travail et comme on le sait déjà, le travail en prison n’est pas très répandu. Ne pas avoir de travail en prison, ça veut dire ne pas avoir de revenus, ça veut dire tomber sous la coupe de caïds ou d’autres gens qui ont de l’argent et qui vont monnayer leur services contre quelques autres rendus aussi. Donc ce sont de pauvres gens qui vont se trouver vivre une détention infernale. Certains vont se trouver à la sortie sans travail sans logement et parfois sans famille. Donc la réinsertion sera mal assurée.

Par «privation de libertés», est-ce que vous voulez parler des brimades de personnel?
De personnel, non, ça, c’est exceptionnel. Mais de la part d’autres détenus, oui. Il ne faut jamais oublier que la prison est monde de violence, de menaces où la question d’ordre public n’est pas suffisamment posée. Il faut que l’ordre public règne en prison comme en dehors.

Christiane Taubira, la Garde des Sceaux plaide en faveur d’une réforme pénale et d’un certain assouplissement des peines. Qu’en pensez-vous?

J’ai toujours dit que nos concitoyens ignorent les effets de la surpopulation carcérale. Les effets c’est que la prison travaille un peu moins bien à la réinsertion. Je lis la préoccupation de sécurité qu’ont tous les Français et il faut que le travail de la prison soit efficace pour garantir leur sécurité. Moins ce travail est efficace, plus l’insécurité croit. Je veux dire par là, que plus on relâche dans la nature à leur sortie de prison, des gens qui sont incapables de se réinsérer, moins la sécurité est assurée. Par conséquent, pour que cette sécurité soit assurée, il faut que la prison ne soit pas surpeuplée et en cela, les préoccupations de la garde des Sceaux me semblent tout à fait légitimes.

Est-ce qu’il faudrait que la prison ne soit pas automatique?
Il ne faut jamais instaurer l’automaticité en matière pénale. Je crois que chacun a droit à ce que son cas soit considéré isolément. C’est le principe sur lequel nous vivons depuis 200 ans. Je suis assez défavorable à tout ce qui est automatique en matière pénale, je crois que chacun des auteurs d’infraction quel qu’il soit, mérite le respect de ses motivations, de son crime, parfois. Je n’ai aucun état d’âme sur le fait qu’on mette des gens en prison. En revanche, j’en aurais si la mise en prison, comme la remise en liberté était systématique.