Des sages-femmes se dénudent sur un calendrier pour défendre leur maternité

INSOLITE «Il faut qu'on montre nos nibards pour que les médias accourent», ironise une employée de la maternité menacée...

20 Minutes avec AFP
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Capture d'écran d'un reportage de BFMTV consacré à des sages-femmes de la maternité des Lilas.
Capture d'écran d'un reportage de BFMTV consacré à des sages-femmes de la maternité des Lilas. — CAPTURE D'ECRAN / 20MINUTES

Sur le calendrier, elles posent en petite tenue dans les salles  de travail: des sages-femmes de la maternité des Lilas n'ont pas  hésité à se dénuder pour protester contre la «fermeture» de ce lieu  emblématique de la défense du droit des femmes.

«La maternité des Lilas est à nu, en difficulté, alors voilà on se  met nous aussi à nu», plaisante Marie Lormier, sage-femme depuis deux  ans et demi dans cet établissement de Seine-Saint-Denis qui accueille  1.650 naissances et pratique 1.200 interruptions volontaires de  grossesse par an. «On s'est dit:  faire un calendrier, c'est plutôt rigolo. On s'est  retrouvées à une sortie de garde à onze sages-femmes et on l'a fait»,  raconte-t-elle. Ce calendrier sera vendu dès ce week-end pour 15 euros  afin de «défendre notre cause et attirer les regards sur nous», explique  Karima Ben Akli, gynécologue-obstétricienne, seul médecin à avoir tombé  la blouse.

Photographe amateur

Sur la photo, la gynécologue cache sa silhouette élégante derrière un  appareil d'échographie, dont elle tient la sonde en l'air. Sur une  autre, les sages-femmes font leur réunion de service autour d'une table,  cachant leur poitrine derrière un registre de naissances ou un  électrocardiogramme.

Les clichés ont été pris par un photographe amateur, le kiné de la  maternité, et se veulent «pudiques», «humoristiques» plus qu'érotiques,  insiste le médecin. «Il faut qu'on montre nos nibards pour que les  médias accourent», ironise d'ailleurs une employée de la maternité alors  que les journalistes défilent dans la petite maternité coincée entre  deux immeubles d'une rue étroite.

Un lieu emblématique

 

Pilule, avortement, combat pour l'accouchement sans douleur et pour  la liberté de choisir comment mettre son enfant au monde: la maternité  des Lilas, qui doit fêter ses cinquante ans en 2014, est un lieu  emblématique de la lutte pour le droit des femmes. Mais ses locaux, vétustes et exigus - de nombreuses chambres n'ont ni  toilettes ni salle de bains -, et la forte demande pour  l'accompagnement très personnalisé qui fait sa spécificité, nécessitent  un déménagement.

Une reconstruction sur 5.000 m2 dans le même quartier, ce qui  permettrait d'accueillir plus de femmes alors que la maternité refuse du  monde, avait été obtenue de haute lutte il y a un an. Lors de la  campagne présidentielle, François Hollande avait affirmé qu'il serait  «très heureux et très fier» de venir inaugurer les nouveaux locaux s'il  était élu.

Douche froide

Mais en juin, l'Agence régionale de santé (ARS) a douché les espoirs.  Pour des raisons financières, elle propose désormais de transférer la  maternité dans 1.500 m2 de locaux désaffectés de l'hôpital intercommunal  (CHI) de Montreuil, non loin de là. «Cela signe très rapidement la fin de la maternité des Lilas puisque ça représente un transfert de nos lits vers le CHI de Montreuil  pour augmenter son activité et le rendre plus rentable, lui qui est en  grande difficulté financière», dénonce Marie-Laure Brival, chef du  service gynécologie-obstétrique. «Il y aura des coupes franches dans le  personnel, un plan social, et surtout le centre de planification familiale et d'orthogénie (qui pratique les IVG) disparaît!», s'indigne-t-elle.

La médecin regrette «la déshumanisation de la santé à laquelle nous  assistons dans ces grosses restructurations» aux antipodes de la  philosophie de sa maternité. «Il y a déjà un gros problème d'accès à  l'IVG en Seine-Saint-Denis, c'est donc un vrai problème de santé  publique», ajoute Marie Lormier.

Le personnel et des familles avaient campé plusieurs jours devant le  ministère de la Santé en juin, et une manifestation est prévue le 21  septembre aux Lilas.