Fusillades: Le maire de Colombes fait le parallèle avec Marseille

William Molinié

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Philippe Sarre, maire PS de Colombes (Hauts-de-Seine).
Philippe Sarre, maire PS de Colombes (Hauts-de-Seine). — JACQUES DEMARTHON / AFP

Deux fusillades ont éclaté en moins de deux jours à Colombes (Hauts-de-Seine), sur fonds de trafics de stupéfiants. Depuis 2011, une vingtaine d’échanges de coups de feu ont été enregistrés. Avec, à chaque fois, le même scénario, celui de trafiquants qui se visent dans les jambes. Le maire PS de la ville, Philippe Sarre, défend le travail des policiers et réclame davantage de moyens, comme l’intégration en zone de sécurité prioritaire (ZSP) du quartier du Petit-Colombes.

>> Notre reportage dans le quartier du Petit-Colombes est à lire ici

Vous comparez la situation de Colombes à Marseille. N’est-ce pas exagéré?

Je dis que «toutes proportions gardées, nous connaissons dans certains quartiers de notre ville une situation comparable à Marseille». Bien sûr, on n’est pas sur les mêmes niveaux. A Marseille, il y a des exécutions froides liées à des logiques mafieuses de rang international. Ce n’est pas le cas à Colombes. Mais je me permets de faire un parallèle car on a deux choses communes: le trafic de drogue et la lutte du territoire.

Tout de même, vous n’avez pas peur de faire prendre du galon aux petits dealers de votre ville?

Il ne faut pas que la presse fasse de raccourci en disant «Colombes = Marseille». Moi, je ne le fais pas. Je dis simplement qu’il y a des mécanismes qui sont les mêmes du point de vue de l’appropriation des territoires et du commerce de stupéfiants. Dans un cas, on a une mafia avec des gens très organisés. Dans l’autre, on a des pieds nickelés, des petits malfrats de banlieue qui se tirent dessus pour n’importe quoi.

Ces petits malfrats devraient donc être plus faciles à appréhender…

Non, justement, ce n’est pas plus simple. En 2012, un gros travail de police a été fait avec des interpellations, des saisies, des condamnations, des démantèlements… Depuis deux ans, il y a eu huit emprisonnements, 22 armes saisies, dont un certain nombre qui ont été utilisées dans les premières agressions.

Alors pourquoi les fusillades n’ont pas cessé?

Car il continue d’y avoir des contacts entre les gens qui sont en prison et ceux à l’extérieur. D’autres sont prêts à prendre la relève, un peu partout. Tout est devenu plus insaisissable. Ce qui rend la tâche policière plus difficile.

La réponse de la police est d’envoyer 70 policiers dans le quartier. Est-ce vraiment une solution ?

Dans un premier temps, oui. Il faut montrer une réaction immédiate. Demain [jeudi] matin, une réunion programmée à 8h30 en préfecture doit rassembler le commissaire, le procureur de la République, le préfet, la police et moi-même. On fera un point sur la situation.

Vous allez réclamer une zone de sécurité prioritaire (ZSP) ?

Oui, je réclame une ZSP sur le secteur du Petit-Colombes. Je pense que ça permettrait un travail de collaboration entre toutes les institutions.

Les Colombiens expriment une forme de lassitude face à ces réponses, souvent les mêmes, et rarement concluantes...

Je partage non seulement leur lassitude. Mais je note aussi de l’inquiétude. En 2011, on a eu des tirs en direction une bibliothèque où il y avait des enfants. C’est gravissime. Il faut passer à la vitesse supérieure. Mais il faut aussi que la population comprenne que les choses ne sont pas simples à régler face à la volonté de quelques voyous, très bien organisés.

Qu’appelez-vous la vitesse supérieure ?

Des familles qui sont identifiées dans des commerces parallèles doivent être sorties du logement social. Je sais que c’est compliqué d’un point de vue juridique, mais on doit montrer l’exemple en modifiant les dispositions législatives et expulser ces familles clairement connues pour organiser le trafic de drogue.