Rentrée scolaire: «Professeur d'anglais remplaçant, j'attends toujours mon affectation»

TÉMOIGNAGE a première sonnerie de l'année a retenti mardi matin dans tous les collèges et lycées de France. @MsieurleProf, prof d'anglais, l'a ratée. Le rectorat ne lui a toujours pas indiqué son lieu de travail...

Christine Laemmel

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DURAND FLORENCE/SIPA

Pour cette rentrée 2013, les internautes de 20 Minutes concernés par la reprise des cours nous confient leurs premières impressions. Après Adèle, qui nous expliquait la veille du retour à l’école combien ses enfants étaient impatients, @MsieurleProf, professeur d’anglais dans les Yvelines, lui, se dit plutôt «angoissé». Au lendemain de la rentrée, il ne sait toujours pas dans quel collège ou lycée il travaillera cette année. Des vacances prolongées qui le «frustrent» plus que le ravissent.

«Les collègues nous refilent les classes poubelles»

Titulaire de son Capes depuis deux ans, @MsieurleProf est, comme beaucoup de ses collègues, TZR, soit «titulaire en zone de remplacement». Comprenez titulaire mais précaire. Affecté dans des établissements pour «cinq à six semaines», prévenu au dernier moment. «Le coup de fil du rectorat peut tomber à n’importe quel moment, comme une sentence», raconte le prof de 25 ans, un rire jaune au bout des lèvres. A ce moment-là, il a deux ou trois jours pour se préparer. Classe de 6e ou de terminale, à 500 mètres ou à l’autre bout de l'académie. Même tarif. Leur rôle se limitant à combler les trous. «Un ami a même été envoyé dans le 95 (Val-d’Oise), hors de sa zone, ajoute l’enseignant, ils nous envoient où il y a de la place.»

Pour la rentrée 2012, il a commencé l’année le 14 septembre, affecté sur deux établissements distants de vingt kilomètres, sans possibilité de refuser. Les élèves étaient donc restés 15 jours sans cours d’anglais. Et @MsieurleProf a raté la pré-rentrée. «Les élèves ne se rendent pas vraiment compte de la situation, mais en étant remplaçant, voir les parents devient plus compliqué, les collègues nous ignorent ou nous refilent les classes poubelles, et nous, on s’implique moins.»

Remplaçant «pendant au moins cinq ans»

«Dorlotés» pendant leur année de stage, selon lui, les aspirants profs sont avertis de l’obligation de passer par la banlieue parisienne en début de carrière. Mais quand ils ne capitalisent pas suffisamment de «points», c'est-à-dire quand ils sont célibataires, sans enfant et débutants, on oublie, selon @MsieurleProf, de les prévenir qu’ils vont errer dans l'académie «pendant au moins cinq ans», s’étonne le jeune prof d’anglais. Alors certains essaient par tous les moyens de gagner des points. «Une amie s’est pacsée pour sortir de là, raconte-t-il. On l’a mutée dans le sud de la France, mais elle est toujours remplaçante.»

Les autres sont «résignés» et un peu circonspects. «Comment le gouvernement peut-il promettre 60.000 nouveaux postes quand on n’arrive même pas à caser tous les profs déjà diplômés?» interroge @MsieurleProf. Souhaitant passer l’agrégation d’anglais, l’enseignant a réclamé un congé d’un an pour se préparer. Réponse de l’Education nationale: «Impossible, on est en manque de professeurs.» Alors en bon TZR, il attend que le besoin de profs se manifeste.

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