Syrie: Les parlementaires vont débattre sans voter

POLITIQUE L'union nationale qui prévalait pour le Mali n'est pas de mise sur ce dossier...

avec AFP

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Jean-Marc Ayrault a déclaré mercredi que "ne pas réagir" militairement en Syrie reviendrait à "fermer la porte à un règlement politique du conflit", seul à même de déboucher sur "un départ" de Bachar al-Assad du pouvoir.
Jean-Marc Ayrault a déclaré mercredi que "ne pas réagir" militairement en Syrie reviendrait à "fermer la porte à un règlement politique du conflit", seul à même de déboucher sur "un départ" de Bachar al-Assad du pouvoir. — AFP

Jean-Marc Ayrault va tenter mercredi de convaincre les députés de la nécessité de «sanctionner» la Syrie, un débat sans vote qui a perdu beaucoup de sa signification depuis que Barack Obama a décidé d'attendre un feu vert du Congrès américain.

Dans l'attente de savoir ce que décidera la puissance américaine après l'agression à l'arme chimique attribuée à Bachar al-Assad, François Hollande s'est déclaré mardi toujours plus «déterminé» à intervenir, mais est resté vague sur la façon de le faire, évoquant une «rencontre à Saint-Pétersbourg entre Européens» sur le sujet, en marge du G20 qui doit se tenir jeudi et vendredi.

«Je m'adresserai aux Français quand j'aurai en main tous les éléments», a-t-il ajouté, en refusant de s'engager sur un vote éventuel du Parlement, qui serait organisé à une date ultérieure. Dans un sondage CSA pour BFMTV, 74% des Français interrogés se prononcent pour un tel vote.

Le Premier ministre, dans son intervention qui débutera à 16H00 devant l'Assemblée, ne pourra vraisemblablement donc que de nouveau présenter, comme il l'a fait lundi, «les preuves» de la responsabilité du dirigeant syrien dans les bombardements à l'arme chimique du 21 août près de Damas. Ceux-ci ont fait entre 280 et 1.400 victimes, selon les estimations.

Prudence des ténors

Après le discours de Jean-Marc Ayrault, qui se déroulera au même moment qu'une intervention similaire du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius devant le Sénat, chacun des six groupes politiques de l'Assemblée s'exprimera.

Si on est loin de l'union nationale qui avait entouré l'intervention au Mali au début de l'année, les ténors du Palais Bourbon devraient faire preuve d'une prudence imposée à la fois par l'incertitude sur la position américaine et le sentiment que la communauté internationale n'a le choix qu'entre des mauvaises solutions, face à la guerre civile en Syrie qui a déjà fait plus de 100.000 morts.

Dans l'opposition, l'UMP, malgré ses divisions, a réussi à fixer une position commune. «Une intervention ne peut se faire qu'avec deux préalables, la publication du rapport des experts des Nations unies pour savoir comment les armes chimiques ont été utilisées, par qui et dans quelles conditions, et une base juridique solide et claire, c'est-à-dire une résolution des Nations unies», a expliqué mardi le chef de file des députés UMP, Christian Jacob.

L'UMP s'en remet à l'ONU

Si ces deux conditions ne sont pas réunies, l'UMP exigera un vote le moment venu. Mais pour mercredi, celui-ci n'aurait «pas de sens» puisqu'il n'y a «pas de frappe», a-t-il ajouté. L'UMP a ainsi dégagé un compromis entre ceux qui exigeaient un vote, comme la Droite populaire, menaçant même de boycotter la séance, et ceux qui estimaient, à l'instar du président du parti, Jean-François Copé qu'une telle revendication allait à l'encontre de l'esprit de la Vème République.

Le président de l'UDI, Jean-Louis Borloo, avait été l'un des premiers à juger indispensable, en l'absence d'un feu vert de l'ONU, un scrutin au sein du Parlement, faisant montre de scepticisme à la lecture de la note des services de renseignement français qui impute l'attaque chimique du 21 août au régime.

Le Front national, qui n'est représenté à l'Assemblée que par deux députés, est lui vent debout contre le principe même d'une intervention, Marine Le Pen soupçonnant même le gouvernement de «construire des preuves».

A la gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon comme le Parti communiste, refusent toute intervention qui transformerait Paris en «supplétif» de Washington, et estiment qu'un vote du Parlement devrait aller «de soi».

Dans la majorité, les écologistes, s'ils ne s'opposent pas nécessairement à une intervention, réclament eux aussi l'organisation d'un vote, une position constante de leur part en telle situation. Les radicaux de gauche laissent à François Hollande le soin de décider ou non d'un vote.