Web: Salman Khan, le visionnaire de l’éducation

Delphine Bancaud

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Salman Khan à Mexico le 14 janvier 2013.
Salman Khan à Mexico le 14 janvier 2013. — Dario Lopez-Mills/AP/SIPA

C’est l’histoire d’une success story à l’américaine. En 2004, Salman Khan, un financier trentenaire, vient au secours de sa cousine collégienne qui n’a pas la bosse des maths. Il réalise quelques vidéos postées sur YouTube, dans lesquelles il lui explique quelques concepts à l’aide d’un tableau virtuel noir. Ces leçons de 10 minutes accessibles gratuitement font vite mouche.

Si bien que Salman Khan lâche son emploi pour fonder la Khan Academy, qui propose des cours de mathématiques, physique, biologie ou économie. En quelques années seulement, elle compte plus de six millions d’élèves, qui ont visionné 140 millions de fois ces vidéos.

Un succès qui s’exporte au Brésil et au Mexique et qui arrive mercredi en France. La Bibliothèque sans frontières, une ONG œuvrant pour l'accès au savoir, proposera ainsi sur le site khanacademy.bibliosansfrontieres.org 250 leçons vidéos de mathématiques pour les élèves du primaire ou du collège.

«Favoriser les défavorisés»

Une consécration pour ce fils de parents immigrés (Inde et Bangladesh), qui a fait ses études à Harvard et au MIT. «Il a eu la chance de sortir de son milieu et a voulu rendre ce qu’il avait reçu», explique Laurent Laffont, directeur éditorial des éditions Lattès, qui publient mercredi son histoire*. Dans cet ouvrage, Salman Khan insiste sur le fait qu’il veut «favoriser les plus défavorisés», en donnant accès au savoir à tous.

Mais ce n’est pas tout. L’homme veut surtout faire changer les mentalités et les pédagogies à travers le monde. «Il a compris que l’éducation dans les pays occidentaux était fatiguée», souligne Laurent Laffont. «Il n’a pas des connaissances illimitées, mais c’est un pédagogue exceptionnel», insiste Jérémy Lachal, directeur de Bibliothèque sans frontières. «Je ne rêvais pas de créer un site internet populaire ni de me faire un nom dans le milieu de l’éducation. C’était peut-être illusoire, mais je voulais innover, créer une institution destinée à durer des centaines d’années et qui nous permettrait de repenser l’enseignement», explique lui-même Salman Khan dans L’éducation réinventée.

Mieux utiliser les nouvelles technologies

Cet entrepreneur plaide donc pour une pédagogie qui articulerait mieux nouvelles technologies et cours en classe. Son crédo: la classe inversée. «Selon lui, les élèves devraient assimiler les cours théoriques à la maison, pour se concentrer sur des exercices en classe, ce qui permettrait une approche personnalisée» précise Jérémy Lachal, directeur de Bibliothèque sans frontières.

Mais pas question pour Salman Khan de jouer les stars. «Il n’est pas fan de médiatisation. On a voulu le faire venir en France pour la sortie du bouquin, mais il a préféré décliner pour se consacrer au développement de ses vidéos. C’est un gros travailleur, qui n’a d’ailleurs pas un bureau spectaculaire», commente Laurent Laffont. Car la seule gloire de Salman Khan est de faire bouger le système éducatif, comme il le confie dans son ouvrage: «Si la Khan Academy peut ne serait-ce que participer à résoudre notre malaise scolaire, je me sentirai fier et privilégié d’y avoir contribué».

*L'éducation réinventée, Salman Khan, JC Lattès, 20 €.