Prison: Les peines des femmes enceintes et des mères de très jeunes enfants réaménagées?

William Molinié
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A la nurserie du quartier des femmes de la prison de Fleury-Merogis, les mères ont la possibilité de garder leur enfant  durant leur détention jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de 18 mois.
A la nurserie du quartier des femmes de la prison de Fleury-Merogis, les mères ont la possibilité de garder leur enfant durant leur détention jusqu'à ce qu'il atteigne l'âge de 18 mois. — COUTIER BRUNO/SIPA

Chaque année, une soixantaine de femmes accouchent dans des prisons françaises. Un avis du contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) relatif «aux jeunes enfants et à leurs mères détenues» doit être publié au Journal officiel ce mardi. Dans ce texte, que 20 Minutes s’est procuré, le contrôleur général Jean-Marie Delarue demande aux juges d’aménager «nécessairement» les peines des «mères détenues avec enfants», voire qu’elles bénéficient «d’une suspension de peine pour maternité» ou «accèdent à une libération conditionnelle».

Cellules trop petites pour la mère et l’enfant

La loi pénitentiaire permet aux mères incarcérées de vivre en détention avec leur enfant jusqu’à l’âge de 18 mois. «La maternité n’est pas compatible avec la prison. Il faut que les juges aménagent les peines au cas par cas. Tout doit être fait pour éviter l’incarcération des femmes avec enfants», insiste-t-on dans l’entourage du contrôleur général. Ce dernier, après visite de 26 des 29 prisons accueillant des femmes en France, a pointé un certain nombre de dysfonctionnements, comme l’absence de séparation entre la détention ordinaire et les quartiers de femmes avec enfants ou encore la superficie des cellules «souvent inférieure aux 15m2 fixés comme minimum».

Par ailleurs, le texte épingle l’administration pénitentiaire sur la prise en charge des jeunes mères et de leur nouveau-né. «Les “cantines” (achat à l’extérieur) doivent présenter un éventail suffisamment large et de qualité pour satisfaire aux besoins de l’enfant […]. Il a été souvent relevé que seules les “petits pots” étaient proposés au détriment des produits frais.

Retrouver ses enfants après la détention

Pour faciliter le déplacement des détenues, certaines prisons disposent de nurseries, comme à Rennes ou à Fleury-Mérogis, ouvertes en journée. «La plupart des femmes qu’on voit arrivent enceintes en prison. Il peut y avoir aussi des bébés parloirs, mais c’est plus rare», raconte Claude Auger, responsable du groupe prison à la délégation du secours catholique d'Ille-et-Villaine. Elle relève d'ailleurs «une véritable solidarité avec les femmes enceintes et les jeunes mères».

Accoucher en prison, «ce n’est bien évidemment pas satisfaisant», concède Claude Auger. A chaque naissance, l’association fournit un «trousseau» aux jeunes mères incarcérées à la centrale de Rennes: des vêtements, des couvertures, parfois une écharpe de portage… Des biens de première nécessité que les 10 euros versés chaque jour par l’administration pénitentiaire ne pourraient pas couvrir.

Pour autant, si être mère en prison est une épreuve difficile, celle de retrouver ses enfants à l’extérieur en est une autre. «Vous rentrez en centrale, vous redevenez une mademoiselle. Vous êtes considérée comme détenue avant d’être une mère. Beaucoup d’entre elles éprouvent des difficultés quand elles rentrent chez elles et qu’elles retrouvent leurs enfants sans y avoir été préparées. Elles nous disent “je ne sais pas comment faire”», alerte Claude Auger. Et de préciser: «C’est d’ailleurs la même chose avec les papas.»