Vincent Peillon: «La priorité c’est de traiter la difficulté sociale et scolaire»

INTERVIEW Le ministre de l'Education revient sur les enjeux de la rentrée...

Propos recueillis par Delphine Bancaud
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Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, à Paris le 30 août 2013.
Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, à Paris le 30 août 2013. — A. GELEBART / 20 MINUTES

A l'occasion de la «première rentrée scolaire de la gauche», le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon répond aux questions de 20 Minutes.

Vous créez à cette rentrée 7.550 postes, mais plusieurs syndicats estiment qu’ils ne compenseront pas la hausse démographique des élèves. Que leur répondez-vous? 

C’est inexact, car nous améliorons le taux d’encadrement dans l’ensemble des académies et des départements. Bien sûr, tous les problèmes ne seront pas résolus à cette rentrée, car la droite a détruit 80.000 postes en 5 ans. Nous sommes en train de reconstruire l’école, en créant dès cette année 7.550 postes et le mouvement va s’amplifier pour parvenir à 54.000 d’ici à la fin du quinquennat.

Mais les classes seront toujours surchargées dans la plupart des écoles, notamment en maternelle où une sur deux compte plus de 25 élèves…

Il reste des tensions, car on ne passe pas de l’ombre à la lumière en un an. Mais pour la première fois, nous affectons à nouveau des postes pour la scolarisation des moins de 3 ans et nous déployons le dispositif «plus de maîtres que de classes» dédié à la réussite des élèves. Et près de 1.000 nouveaux postes permettront d’améliorer les remplacements. Nous remettons l’école sur le bon chemin.

La priorité au primaire ne risque-t-elle pas d’être imperceptible dans la plupart des établissements, puisque les moyens seront d’abord affectés dans les écoles les plus en difficultés?

La priorité, c’est de traiter la difficulté sociale et scolaire. Aujourd’hui 20 à 25% des enfants entrent au collège sans maîtriser les apprentissages fondamentaux et notre système est marqué par une forte répercussion des inégalités sociales sur la réussite scolaire. Nous avons donc décidé de concentrer les moyens là où nous savons qu’ils seront les plus utiles. Mais rassurons les enfants: nous allons nous occuper de chacun d’eux car les moyens déployés sont très importants. 

Vous vouliez faire de la réforme des rythmes scolaires un outil de lutte contre les inégalités. Mais elle donne lieu à des projets très inégaux sur le territoire, certaines communes ne proposant que de la garderie. Comment remédier à cela?

Ce n’est pas ce que j’ai vu! L'immense majorité des communes qui se sont engagées ont mis le paquet pour offrir des activités de qualité aux enfants. Bien sûr il faudra du temps pour que tout se mette en place. Mais je fais confiance aux maires pour répondre aux exigences légitimes des familles. Avant la réforme, les inégalités concernant les activités périscolaires étaient criantes: 80% des enfants n’y avaient simplement pas accès. Pour la première fois, le gouvernement a mis des moyens financiers pour que toutes les communes puissent en proposer gratuitement à tous les enfants. C’est donc une lutte sans précédent contre les inégalités dans l’école et en dehors de l’école.

Autres inégalités: certaines familles devront payer ces activités périscolaires alors que pour d’autres elles seront gratuites. N’est-ce pas un vrai coup porté à l’esprit de votre réforme?

Avec le fonds de 250 millions versé par l’Etat aux communes et la prise en charge de la Cnaf, nous avons crée les conditions pour que les activités soient gratuites. Nous ne pouvons pas contraindre les collectivités à le faire, mais nous les y incitons grandement. Mais là encore ne crions pas au loup. La plupart des activités proposées sont gratuites ou avec une participation extrêmement faible alors que les activités du mercredi étaient payantes avant la réforme.

Le fonds d’amorçage sera-t-il pérennisé en 2014?

La discussion va avoir lieu dans les semaines qui viennent. C’est un sujet que je prends très au sérieux.

Allez-vous toucher aux vacances cette année?

Il ne faut pas essayer de monter tout l’escalier avant d’avoir gravi la première marche. Avant de lancer ce chantier, il faut déjà que nous réussissions la première étape de cette réforme.

Vous aviez déclaré que les devoirs devraient se faire à l’école, mais ce n’est toujours pas une réalité…

Comme vous le savez, ils sont déjà interdits contrairement aux leçons. Il faut faire évoluer les pédagogies pour qu’un maximum d’exercices se fassent à l’école. La réforme des rythmes scolaires va aussi permettre cela.

Vous avez supprimé l’aide personnalisée qui a été remplacée par les activités pédagogiques complémentaires (APC). Comment vont-elles s’articuler à la rentrée?

L’aide personnalisée posait beaucoup de problèmes car elle se surajoutait à des journées très chargées pour les élèves en difficultés. Les APC permettront aux enseignants de choisir les moments et de diversifier les activités à mettre en œuvre pour mieux aider ces élèves.

Des négociations s’ouvriront cette année sur le statut des enseignants. Mais en cette période de restriction budgétaire, aurez-vous les moyens de revaloriser leurs salaires?

Nous allons réfléchir aux moyens d’améliorer les conditions de travail -formation continue, possibilités d’évolution de carrière, affectation, diversité des tâches... Tout ne se résume pas au traitement même si, en dépit de moyens budgétaires très limités, nous avons déjà agi pour les stagiaires et pour les professeurs des écoles car c’était les priorités.

Comment lutter contre la crise des vocations dans certaines disciplines?

En utilisant notamment les emplois d’avenir professeurs pour faciliter l’entrée dans le métier d’enseignant, tout en recréant une formation digne de son nom pour les professeurs. C’est ce que nous faisons et cela semble déjà fonctionner car cette année, nous avons recruté 39% de professeurs en plus.

Les écoles du professorat ont été créées dans l’urgence. Comment s’assurer que la formation qu’elles dispenseront sera de qualité sur tout le territoire?

Nous avons fixé un cadre et des exigences qui ont porté leurs fruits et nous sommes dans un processus d’échange permanent pour améliorer les choses quand cela est nécessaire. Ce qui est neuf suppose un peu d’inventivité et de temps, mais ce qu’il faut retenir pour cette rentrée c’est la création d’une formation de qualité dans ce pays pour nos professeurs!