La saisie en ligne de la «police des polices» fait grincer des policiers

William Molinié

— 

La police effectue un contrôle d'identité à Mantes-la-Jolie (Yvelines).
La police effectue un contrôle d'identité à Mantes-la-Jolie (Yvelines). — V. WARTNER / 20 MINUTES

La plateforme de signalement sera en place dès ce lundi, jour d’ouverture, ce lundi, par Manuel Valls, d’un séminaire de lancement de la nouvelle «police des polices». Les citoyens peuvent désormais saisir directement l’inspection générale de la police nationale (IGPN) sur une plateforme en ligne en cas d’abus ou de dérapage d’un fonctionnaire.

Jusqu’à présent, seuls les parisiens ou franciliens de petite couronne pouvaient s’adresser directement, par courrier ou audition, à un service d’inspection. Par cette généralisation à l’ensemble de la police nationale, le ministre de l’Intérieur entend afficher une police «plus transparente».

«Véritable défouloir»

Mais ce formulaire en ligne fait grincer des dents certains syndicats de police qui voient dans cette démarche, de la «délation». «A l’heure actuelle, déjà 90% des signalements sont caractérisés comme dilatoires. Avec cet outil, ce sera un véritable défouloir», regrette Patrice Ribeiro, secrétaire général du syndicat de police, Synergie-Officiers, qui estime par ailleurs que cette réforme «encourage» l’action de «certaines organisations, comme Copwatch», un site internet qui «fiche» et prend en photos les policiers, y compris dans leur vie privée.

>> Retrouvez l’interview de Marie-France Moneger, patronne de la «police des polices»…

Autre interrogation: «Pourquoi les gendarmes n’y sont-ils pas soumis? Cela veut-il dire qu’il n’y a que des flics ripoux?», provoque-t-il. Deux à trois policiers réceptionneront les formulaires de signalement et les traiteront. «Ce qui est très peu ! Imaginez leur boulot quand des fausses accusations circuleront sur Internet et que des centaines de personnes saisiront en même temps la plateforme…», estime le syndicaliste.

2.300 signalements par an

L’Unsa-Police estime de son côté que la réforme s’inscrit dans une «logique». «Cela se faisait déjà à Paris. C’est normal de la généraliser à l’ensemble de la France», commente Christophe Crépin, porte-parole du syndicat, qui relativise, tout de même, quant aux conséquences concrètes sur l’image de la police : «Ce n’est pas la réforme du siècle», considère-t-il.

De son côté, l’IGPN se défend en assurant que «les signalements anonymes ne seront pas pris en compte et [que] les déclarations malveillantes seront systématiquement portées à la connaissance de la justice aux fins de poursuite». Les services d’inspection reçoivent déjà environ 2.300 signalements chaque année. «Je pense que ce nombre va augmenter. Mais je ne crois pas à une explosion. L’IGPN sait faire le trie. En lisant un témoignage, nous savons ce que relève du sérieux ou non», répond Marie-France Moneger, la directrice de l’IGPN, contactée par 20 Minutes.