Affaire Mazières: Un parricide jugé aux assises

Vincent Vantighem

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Des employés des pompes funèbres portent le cercueil de Bernard Mazières, ancien journaliste politique du Parisien assassiné fin décembre, à l'issue de la cérémonie des obsèques, le 14 janvier 2011, en l'église Saint-Sulpice à Paris.
Des employés des pompes funèbres portent le cercueil de Bernard Mazières, ancien journaliste politique du Parisien assassiné fin décembre, à l'issue de la cérémonie des obsèques, le 14 janvier 2011, en l'église Saint-Sulpice à Paris. — BORIS HORVAT/AFP

«C’est terrible pour la famille, confie l’avocat Richard Valeanu. Bernard sera dans leurs pensées en tant que victime. Mais c’est son fils qui sera dans le box des accusés et qui encourt la prison à perpétuité…» Deux ans et demi après les faits, les nombreux experts qui se sont penchés sur le cas de Louis* ne sont toujours pas parvenus à comprendre.

Comprendre comment et surtout pourquoi cet adolescent de 17 ans a fomenté, avec un de ses amis à la réputation violente, le meurtre de son père, Bernard Mazières, célèbre journaliste de la place parisienne passé par L’Express et Le Parisien. D’autant que le meurtre a été commis, en décembre 2010, avec une extrême violence. La tête fracassée à coups de marteau, l’homme de 57 ans est mort de deux coups de couteau dans la gorge.

Sorties en boîte, cuites à répétition et rails de coke

Ce n’est pas son fils qui a porté les coups. A peine les a-t-il imaginés. «Il a bien compris que son père avait été tué, confie une source judiciaire. Mais il n’a pas encore pris conscience de toute la réalité des faits…» Cette énigme, que la cour d’assises de Paris a une semaine pour résoudre, prend sa source à Saint-Germain-des-Près. C’est là que naît Louis de l’union de Bernard Mazières et d’une jeune femme, stagiaire, que le journaliste a croisé dans les couloirs de L’Express.

«Il a grandi dans ce milieu bourgeois. Mais cette histoire ne se résume pas à l’argent ou à la drogue», confie Richard Valeanu. Car, devenu adolescent, Louis –dont l’avocat n’a pas voulu s’exprimer- brûle la vie par les deux bouts. Sorties en boîte, cuites à répétition et rails de coke: c’est dans ce cadre que le jeune homme fait la connaissance de Dany. Plus âgé, celui-ci vivote de petits trafics en citant des passages d’American Psycho, le roman ultra-violent de Bret Easton Ellis.

Louis n’était pas le fils biologique de Bernard Mazières

C’est à lui que Louis confie son mal-être en 2010 après une rupture sentimentale, un échec scolaire et deux disputes avec son père. Le jeune homme assure ne pas avoir assez d’argent de poche. Mais le mal est plus profond. A la terrasse d’un café, les deux compères imaginent comment se débarrasser du paternel. La thèse de l’empoisonnement ne recueille pas l’approbation de Dany qui préfère le marteau. Les deux jeunes hommes vont jusqu’à s’échanger mails et textos à ce sujet.

Jusqu’au soir du 23 décembre. Invité à dîner chez son père, Louis s’énerve auprès des invités. Quand il sort de l’immeuble, Dany attend en bas. Il monte et met le projet à exécution. «Le dossier d’enquête n’a pas permis de fournir d’explication claire, déplore Richard Valeanu qui défend la famille de Bernard Mazières. Cette histoire est née de relations intrafamiliales très compliquées.» Et la mort du journaliste n’a pas arrangé les choses. Enquêtant sur cette affaire, les policiers se sont aperçus que Louis n’était pas le fils biologique de Bernard Mazières. Est-ce la raison secrète de cette histoire tragique? La cour d’assises a une semaine pour le dire. 

*Le prénom a été changé