Tracfin de plus en plus sollicité pour des abus de faiblesse

20 Minutes avec AFP
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  La cellule de  renseignement financier de Bercy, Tracfin, a enregistré ces derniers  mois «un accroissement très net du nombre d'abus de faiblesse» sur des  personnes âgées, a indiqué jeudi son directeur Jean-Baptiste Carpentier  devant la presse.

«Le guichetier de banque voit arriver une personne âgée,  accompagnée en général d'un neveu, et qui signe soit une procuration,  soit un accord pour faire un transfert d'argent», a expliqué Isabelle  Fenayrou-Degas, chef du département de l'analyse, du renseignement et de  l'information à Tracfin.

Elle a décrit ce phénomène lors d'une conférence de presse de  présentation du rapport d'activité de la cellule en 2012 et au 1er  semestre 2013, publié en juillet.

Séquestrée par son gendre

Selon elle, ce phénomène, «très fréquent» et «très difficile à  prouver», «continuera à croître compte tenu du vieillissement de la  population». Elle ajoute que les banquiers appellent souvent «affolés»  parce qu'ils se sentent régulièrement menacés par ceux qui bénéficient  de la «générosité» des personnes âgées.

Or, explique-t-elle, les guichetiers ou les conseillers  clientèle des banques sont soumis au secret professionnel et en   l'absence de preuve, ils ne se tournent pas naturellement vers les  services policiers. «Donc que font-ils? Nous, ils nous connaissent  bien: ils nous envoient une déclaration de soupçon», qui permet  l'ouverture d'une enquête de Tracfin.

Elle raconte une histoire édifiante qui s'est passée cet été.  Un vieil homme se présente à la banque avec son gendre. Il vient de  vendre un bien et le gendre explique que, pour «telle et telle raison»,  le vieux monsieur veut vider son compte et transférer les fonds sur  celui de son gendre.

Averti, Tracfin ouvre une enquête et s'aperçoit que le «gendre» est connu et fait l'objet de plusieurs plaintes. A l'issue de  son enquête et de celle de la police, que l'organisme a saisi  entre-temps, on découvre finalement que le vieil homme souffre d'un  début d'Alzheimer et vit en réalité séquestré, autorisé à sortir  seulement pour aller signer des papiers à la banque.

Le jeune homme a depuis été arrêté et mis en examen.

Blanchiment et financement du terrorisme

«C'est un cas extrême où on a eu l'impression d'avoir été  utiles, mais on a une vraie difficulté parce qu'on n'est pas là pour  ça», assure Isabelle Fenayrou-Degas, «on n'est pas un organisme d'aide à la  personne».

«Nous sommes là pour lutter contre le blanchiment et le  financement du terrorisme», renchérit Jean-Bapiste Carpentier, en rappelant que  son administration compte «100 personnes et ne peut pas prendre sur ses  épaules toute la misère du monde».

De même, ajoute-t-il, Tracfin contrairement à une idée reçue, n'est «pas une administration de lutte contre la fraude fiscale».