VIDEO. Dieudonné, Alain Soral et Karim Achoui aux obsèques de Jacques Vergès

REPORTAGE L’avocat iconoclaste a été enterré ce mardi au cimetière du Montparnasse…

William Molinié

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Enterrement de l'avocat Jacques Vergès à l'église Saint-Thomas-d'Acquin, le 20 août 2013 à Paris (7e).
Enterrement de l'avocat Jacques Vergès à l'église Saint-Thomas-d'Acquin, le 20 août 2013 à Paris (7e). — JACQUES DEMARTHON / AFP

Il ne souhaitait la présence que de quatre ou cinq personnes à son enterrement. Il en aura eu des centaines, venues remplir l’église Saint-Thomas d’Acquin à Paris (7e). Avocats, juristes, proches et souvent moins proches de Jacques Vergès ont rempli les bancs de l’édifice ce mardi après-midi pour rendre un dernier hommage à l’avocat controversé, tantôt aimé, parfois détesté.

 

 

Dans l’église, la diversité des personnalités présentes est à l’image des contradictions de l’homme à qui l’on vient rendre une dernière visite. A quelques rangs de chaise d’intervalle, l’ancien ministre des Affaires étrangères Roland Dumas frôle l’humoriste Dieudonné, en bermuda, et l’écrivain proche de l’extrême droite, Alain Soral. Entre eux, l’ex-avocat radié de l’ordre des avocats, Karim Achoui, réajuste sa cravate noire et son costume propret.

>> Retrouvez ici le diaporama des personnalités présentes à l’enterrement de Jacques Vergès…

Un «dandy larguant une bombe atomique sur le prêt-à-penser»

Tandis que tout ce monde concentre l’essentiel des flashs des appareils photo, il se murmure, dans l’ombre de l’office présidé par le père Alain de la Morandais, qu’un ancien chef d’Etat africain est présent. Sans doute, quelques anciens des services secrets aussi.

La bâtonnière du barreau de Paris, Christiane Féral-Schuhl, rend un hommage relativement convenu à l’avocat «atypique», au nom de «tous les avocats de Paris». «Jacques Vergès est un récidiviste heureux», sourit-elle. Elle laisse la parole à son confrère Thierry Lévy qui lâche, grinçant de vérité dans un micro qui rend sa voix malheureusement peu audible: «Les ennemis de Vergès auraient aimé qu’il meure d’une mort moins naturelle», introduit-il avant de revenir sur son parcours, omettant d’évoquer ce temps où Vergès a pris la défense du nazi Klaus Barbie.

L’on aura aussi cherché des yeux la présence des politiques, ne serait-ce qu’un représentant de la Chancellerie ou un vague collaborateur. En vain. Comme si le politique avait trop peur de se frotter à l’image si dérangeante de l’avocat, qu’on le veuille ou non, désormais incontournable et dépeint par son amie, la marquise de Solages, comme «un dandy larguant une bombe atomique sur le prêt-à-penser». «Les causes qu’il défend mettent mal à l’aise», reconnaît Christiane Féral-Schuhl à la sortie de la messe. Aucun communiqué officiel du ministère de la Justice. La Chancellerie avait été beaucoup plus loquace lors de la disparition d’Olivier Metzner, en mars dernier…

Enterré à côté de Stéphane Hessel

Sur le parvis, des pro-Gbagbo affichent t-shirt et drapeaux de la Côte d’Ivoire au départ du corbillard. «Merci Vergès. Merci Dumas», scandent plusieurs femmes. «C’est une perte pour l’humanité. Il va nous manquer», lâche, sourire en coin et ravi de l’effet provoqué, Willy Bla, président du conseil de la résistance ivoirienne (CRI) panafricain.

Plusieurs badauds, séduits par l’avocat, ont voulu accompagner une dernière fois Jacques Vergès. Daphné Coppola, la cinquantaine, l’a rencontré pour la première fois après sa plaidoirie au procès d’Omar Raddad, condamné en 1994 à 18 ans de prison pour le meurtre de Ghislaine Marchal. «Il m’avait reçue sur les marches du palais de justice pendant une vingtaine de minutes. Et on avait parlé. Cet homme était très intelligent, gentil et humble», raconte-t-elle.

Au cimetière du Montparnasse, Jacques Vergès est enterré dans la 26e division, à côté de l’acteur Bruno Cremer, interprète du commissaire Maigret et décédé en 2010. A quinze mètres d’eux, en face sur la gauche, la tombe de «l’indigné» Stéphane Hessel, enterré au début de l’année.