Marseille: «Ils volent, se droguent et se tuent dans la rue»

SÉCURITÉ rès le règlement de comptes mortel de lundi soir, la vie continue dans le quartier marseillais de l'Estaque…

A Marseille, Amandine Rancoule

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Le quartier de l'Estaque, à Marseille.

Le quartier de l'Estaque, à Marseille. — PATRICK VALASSERIS/AFP

Rien ne perturbe le chant des cigales. Pas même le règlement de comptes mortel de lundi soir dans le quartier de l’Estaque (16e), à Marseille. Dans ce quartier à l’allure de village, touristes et habitants flânent sous le soleil.

«La violence est partout»
Au bord de la fontaine de l’espace Mistral, à deux pas du lieu où un jeune homme de 25 ans a été criblé de balles lundi soir, une dizaine d’enfants se rafraîchissent sous les yeux de leurs mères. «Je n’ai pas peur pour moi, j’ai peur pour eux, explique Sarah, désignant ses deux petits. Il faut voir comme ils se parlent à l’école, les bagarres... La violence est partout: dans la rue, dans la cour... Mais voilà, on s’habitue malheureusement, je ne peux pas les éduquer sous cloche», confie-t-elle, désolée.

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«A 17h, je suis chez moi, porte close»
«Elever des enfants, c’est compliqué, mais ils font à peu près ce que l’on veut. En revanche, une fois ados, comment les protéger? renchérit Samia. Quant à déménager… il faut le dire, c’est partout pareil», estime-t-elle à renforts de grands gestes vers ses filles. Leur ballon a atterri aux pieds de deux vieilles dames, assises au sol, à l’ombre d’un platane.  Les petites négocient poliment le retour de leur balle. «Ah si tous les jeunes pouvaient être comme ça», soupire Nafissa, l’une d’entre elles. Elle connaît bien l’Estaque. «Mon fils à une barquette au port», justifie-t-elle. Mais ces derniers temps, elle l’avoue, «elle reste souvent chez elle».

A Marseille depuis 1976, elle remarque une montée de la violence. «Les parents ne s’occupent pas de leurs enfants, pense-t-elle. Ils sont livrés à eux-mêmes, ils volent, se droguent, se tuent dans la rue. Moi, à 17h, je suis chez moi, porte close.» Les CRS font régulièrement des rondes près de son domicile. Mais elle ne veut pas «vivre avec la police dans les jambes», explique-t-elle à Nanoucha, sa cousine parisienne venue lui rendre visite. «A Paris, il y a aussi beaucoup de violences et de meurtres, indique cette dernière. Je ne sais pas pourquoi on n’en parle moins.»

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«Faut voir la voiture qu’il avait le jeune»
Les joueurs de boules s’installent sur le terrain de l’Estaque. Un quadra, torse nu, s’entraîne à pointer. Un groupe de retraités le charrie depuis leur banc. «Tu vas quand même la prendre, ta pâtée.» Ils sont cinq ou six à jouer tous les après-midis. «C’est tranquille ici et je veux que ça le reste, affirme René. Qu’ils se tuent entre eux si ça leur chante, ça ne me fait ni chaud ni froid. Mais là, à 10h du soir devant des familles, des enfants...», regrette-t-il. «C’est la drogue ça! croit savoir son collègue. Ils finissent tous comme ça. Faut voir la voiture qu’il avait le jeune, jamais je ne pourrais me la payer ».

«Enfin, vaut mieux déguerpir au premier coup de feu, une balle perdue est vite arrivée», conseille un troisième, coupé dans son élan par un couple de touristes. Ils veulent connaître la meilleure baraque à chichis (churros), la spécialité de l’Estaque. «Il y en a trois le long de la rue», les renseigne-t-on. Eux, ils veulent «des chichis, la mer et le soleil». Mais les meurtres «c’est aussi le folklore local», plaisante le touriste en prenant place dans la file d’attente. En face de lui, le décor de carte postale fait rêver. Les bateaux tanguent sur l’eau plate du port. Des mouettes font des piqués. Leurs cris se mêlent bientôt à ceux des minots, imperturbables dans leurs jeux d’enfants.

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