Jacques Vergès jugé par ses pairs: Un «géant du barreau»...ou «un personnage plus qu'un avocat»?

REACTIONS Les témoignages d'anciens confrères et magistrats se multiplient après le décès de l'avocat Jacques Vergès...

A. K. avec AFP

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L'avocat Me Jacques Vergès au palais de Justice de Paris, le 14  décembre 2004, pour participer à une audience du procès des écoutes de  l'Elysée
L'avocat Me Jacques Vergès au palais de Justice de Paris, le 14 décembre 2004, pour participer à une audience du procès des écoutes de l'Elysée — AFP/Jackie Guez

«Immense avocat, courageux et indépendant», Jacques Vergès, décédé jeudi soir à Paris à 88 ans, a reçu un hommage de ses confrères, certains d'entre dénonçant tout de même l'attitude de l'ex-avocat de Klaus Barbie lors de son procès.

Me Vergès est décédé en début de soirée chez des amis dans un appartement au premier étage d'un immeuble construit au début du XVIIe siècle, à l'angle du quai Voltaire et de la rue de Beaune (VIIe) où l'écrivain mourut en 1778. Le décès du défenseur de militants du FLN pendant la guerre d'Algérie, a été constaté par les pompiers à 21h20, selon une source proche du dossier.

Selon les éditions Pierre-Guillaume de Roux, qui avaient publié les mémoires de l'avocat en février (De mon propre aveu - Souvenir et rêveries), Me Vergès est mort dans la chambre de Voltaire, située dans l'immeuble où il résidait épisodiquement chez des amis depuis une «mauvaise chute» à la fin de l'année 2012.

Un «provocateur de talent»

La date de ses obsèques n'était pas connue vendredi en fin de matinée.

Le président du Conseil national des barreaux, Christian Charrière-Bournazel, a salué un «très brillant avocat», «courageux» et «indépendant». «Un avocat, ce n'est pas un mercenaire, c'est un chevalier, et Jacques Vergès était un chevalier», a-t-il assuré.

Me Olivier Morice a décrit à l'AFP Jacques Vergès comme un «immense avocat qui n'a jamais manqué de courage et qui restera dans l'histoire».

Sur Twitter, magistrats et avocats commentaient également l'événement.

Ainsi Philippe Bilger, ancien avocat général près la cours de Paris et toujours polémiste sur RTL.

Ou encore Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement et avocate:

 

Le blogueur Maître Eolas, avocat dans le civil soulignait de son côté son goût de la mise en scène

«Quand il défendait Klaus Barbie, j'étais du côté des parties civiles. J'étais du bon côté, il était du mauvais, mais c'est ce qui fait la démocratie», a réagi le député FN Gilbert Collard.

«Il n'y a pas beaucoup de géants au barreau, mais lui incontestablement en était un», avec «une période glorieuse quand il défendait le FLN algérien et une moins glorieuse quand il a commencé à défendre des mouvances terroristes comme la bande à Baader», a jugé l'avocat Georges Kiejman.

Une robe d'avocat pour des rôles

Ce concert de louanges a pourtant connu vendredi matin quelques bémols. Me Alain Jakubowicz, qui représentait le Consistoire israélite de France devant la cour d'assises de Lyon lors du procès Barbie en 1987, a affirmé à l'AFP que, pour lui, Jacques Vergès «n'a jamais été un modèle d'avocat», estimant qu'il avait «tenu des propos inqualifiables» lors de ce procès.

«Il est plus exact de qualifier Jacques Vergès de personnage que d'avocat, compte tenu des méthodes de défense très controversées qu'il avait adopté depuis le procès Barbie», a expliqué à l'AFP Me Patrick Klugman, parlant d'un «immense acteur qui s'est servi de sa robe d'avocat pour illustrer les rôles qu'il s'était lui même distribués».

Me Alain Lévy, avocat de la Fédération nationale des déportés et internés s'est «étonné des louanges entendues ce matin».

«Il y a quelque chose que je n'entends pas: il s'est servi des procès comme une tribune politique pour défendre ses idées. Il s'est servi du procès Barbie pour faire le procès de la colonisation», a estimé Me Lévy.

Me Serge Klarsfeld avait mis en cause en termes virulents Jacques Vergès à l'occasion du procès de l'ancien chef de la Gestapo de Lyon, déclarant notamment: «Barbie est un tueur de Juifs, Vergès défend les tueurs de Juifs». Interrogé par l'AFP vendredi, il s'est contenté de dire : «J'ai dit suffisamment mon hostilité à Jacques Vergès de son vivant et je m'abstiendrai de parler au moment de sa mort».