Me Alain Jakubowicz: «Jacques Vergès n'a jamais été un modèle pour moi... au contraire»

REACTIONS Alain Jakubowicz, président de la LICRA a affronté l'avocat Jacques Vergès au moment du procès de Klaus Barbie. Il se souvient...

A. K. Avec AFP

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Maîtres Roland Dumas (G) et Alain Jakubowicz (D), avocat des  parties civiles au procès de l'ancien chef de la Gestapo de Lyon Klaus  Barbie, le 26 juin 1987  devant le Palais de Justice de Lyon
Maîtres Roland Dumas (G) et Alain Jakubowicz (D), avocat des parties civiles au procès de l'ancien chef de la Gestapo de Lyon Klaus Barbie, le 26 juin 1987 devant le Palais de Justice de Lyon — AFP

Me Alain Jakubowicz, président de la Licra, a affirmé vendredi que Jacques Vergès, mort jeudi, «n'a jamais été un modèle d'avocat» pour lui, «au contraire», lors d'un entretien téléphonique avec l'AFP.

«Je ne suis pas surpris des propos laudateurs à son sujet, mais je pense que s'il pouvait lire et entendre ce qu'on dit de lui aujourd'hui, il nous ferait à tous un immense bras d'honneur», a-t-il ajouté.

«Des propos inqualifiables»

A la suite de l'annonce du décès de Jacques Vergès d'un arrêt cardiaque à l'âge de 88 ans, la profession a salué un «chevalier» de la défense «courageux» et «indépendant», un «géant» parfois engagé «du mauvais côté».

Parmi les clients de Jacques Vergès, on compte le nazi Klaus Barbie, les membres de groupuscules d'extrême-gauche impliqués dans des meurtres et attentats comme Carlos ou les activistes de la Fraction Armée rouge et d'Action directe, le dictateur serbe Slobodan Milosevic, poursuivi pour crimes de guerre au Tribunal Pénal International (TPI)...

«J'ai passé plusieurs mois à ses côtés lors du procès Barbie, il ne m'a jamais adressé la parole et il a été parfaitement odieux, il a tenu des propos inqualifiables», a rappelé Me Jakubowicz, qui représentait le Consistoire israélite de France devant la cour d'assises du Rhône lors du procès Barbie en 1987 à Lyon.

«Il n'en avait rien à foutre des peuples opprimés»

Au sujet des «causes perdues» dont Me Vergès s'était fait une spécialité, Me Jakubowicz a estimé que «c'est un homme qui s'est amusé de la vie, il n'en avait rien à foutre des peuples opprimés, ce qui comptait c'était lui».

Evoquant un homme épicurien, l'avocat lyonnais a toutefois concédé avoir «presque une forme de sympathie pour l'homme et son goût de la vie».

«Jacques Vergès était un acteur qui avait considéré que la vie était un film rocambolesque», a-t-il conclu.

«Il est parti avec ses mystères, c'est son ultime jouissance je pense».