Disparues de Perpignan: la piste criminelle ne fait quasiment plus de doute

© 2013 AFP

— 

La piste criminelle s'est étoffée dans l'affaire des disparues de Perpignan avec l'identification par les enquêteurs de l'ADN d'Allison dans le congélateur familial et dans un lave-linge de la caserne où s'est suicidé son père, le légionnaire Francisco Benitez.
La piste criminelle s'est étoffée dans l'affaire des disparues de Perpignan avec l'identification par les enquêteurs de l'ADN d'Allison dans le congélateur familial et dans un lave-linge de la caserne où s'est suicidé son père, le légionnaire Francisco Benitez. — Alexandre Durand AFP

Les proches veulent garder l'espoir, mais pour les enquêteurs, la piste criminelle ne fait quasiment plus aucun doute dans les deux disparitions de Perpignan en 2013 et celle de Nîmes en 2004, avec pour trait d'union l'énigmatique légionnaire Francisco Benitez.

L'image du légionnaire, témoin numéro un dans la disparition de sa fille Allison et de sa femme Marie-Josée avant son suicide, a été troublée encore davantage vendredi avec la révélation qu'il avait une maîtresse de l'autre côté de la frontière et que son dernier coup de fil avait été pour elle. Il y affirmait à nouveau n'être pour rien dans les disparitions d'Allison et Marie-José.

L'exhumation du dossier de 2004 à Nîmes, «c'est l'élément qui a définitivement fait pencher vers l'hypothèse criminelle» dans deux affaires aux troublantes similitudes: la disparition en 2004 de Simone de Oliveira Alves, alors maîtresse de Francisco Benitez, et celles en 2013 de sa fille Allison et son épouse Marie-Josée, a dit à l'AFP une source proche de l'enquête .

Comme pour confirmer ce propos, le parquet de Nîmes a indiqué avoir rouvert les investigations sur la disparition de Simone de Oliveira Alves, non plus pour recherche des causes de la disparition (la qualification de l'enquête close en 2007/2008 faute d'éléments), mais pour enlèvement et séquestration, une qualification criminelle.

Techniquement, les dossiers de Perpignan et Nîmes restent disjoints. Mais ils pourront être rapprochés si nécessaire, a dit le procureur adjoint de Nîmes Eric Emmanuelidis. Et c'est le Service régional de police judiciaire de Montpellier qui enquête dans les deux cas.

Le légionnaire au coeur de l'enquête

La réouverture des investigations à Nîmes pose plus que jamais la question du rôle de Francisco Benitez. Si l'affaire a refait surface, c'est parce que les proches de Simone de Oliveira Alves ont sursauté en voyant réapparaître à des années de distance le visage de Francisco Benitez.

Francisco Benitez, légionnaire aux états de service remarquables, ne répondra plus aux questions. Il a été retrouvé pendu lundi dans sa caserne à Perpignan.

Les policiers ont établi que son dernier coup de fil avait été pour une maîtresse espagnole dont on ignorait jusqu'alors l'existence. Cette jeune femme de la province de Gérone (nord-est de l'Espagne), à environ une heure de Perpignan, a été entendue jeudi, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

Elle a dit aux policiers que, comme dans ses autres ultimes messages, Francisco Benitez avait exprimé sa souffrance devant la suspicion à son encontre et protesté de son innocence.

C'était dans la nuit de dimanche à lundi, avant que ne resurgisse le passé nîmois de Francisco Benitez.

Troublantes similitudes

A Nîmes comme à Perpignan, il est le dernier témoin connu. Et ce n'est pas la seule analogie.

Simone, Allison et Marie-Josée ont toutes disparu du jour au lendemain, sans raison apparente selon leurs proches.

Comme Marie-Josée, le dernier signe de vie connu donné par Simone est un texto annonçant son départ.

Les policiers mènent un travail très technique pour faire parler les portables et les ordinateurs et reconstituer les emplois du temps.

Les policiers accordent désormais une attention particulière aux relations de Francisco Benitez, notamment militaires, et aux lieux qu'il a fréquentés, en particulier les terrains militaires, dit une source proche de l'enquête.

Edwige, soeur de Marie-Josée, est partagée entre l'espoir et la certitude que Francisco Benitez «est pour quelque chose dans la disparition» de sa femme. Il «faut aller voir dans les terrains militaires, là, à Perpignan et à Nîmes (...) elle doit être là, quelque part dans Perpignan, ma soeur, elle a pas bougé», a-t-elle dit à Europe1.

Profitant de la disparition d'Allison et de Marie-Josée et du suicide de Francisco, un ou des individus ont cambriolé l'appartement des Benitez. Il s'agit a priori d'un acte crapuleux et non pas destiné à escamoter des indices, a dit le procureur adjoint Luc-André Lenormand. L'appartement avait déjà été ratissé par les policiers, et «tout ce qui pouvait intéresser l'enquête en cours avait été récupéré».

Entre-temps, un des membres du jury Miss Roussillon, élection à laquelle Allison voulait concourir dimanche soir, a préféré se désister. «Cela doit rester une fête et ça ne le sera pas. Cette manifestation aurait dû être reportée ou annulée», a dit Julien Brugel, danseur de l'émission de TF1 «Danse avec les stars».

Mais le concours a quand même été maintenu. «On n'a pas le choix. Comme on dit: The show must go on», ont réagi les organisateurs.