Le wwoofing ou comment apprendre la vie des légumes pendant ses vacances

Oihana Gabriel
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Linda accueille à la ferme des Rufaux les wwoofers, qui donnent un coup de main.
Linda accueille à la ferme des Rufaux les wwoofers, qui donnent un coup de main. — 20 Minutes

«C’est du bénévolat pour une solution d’avenir», assure Laure. A 24 ans, cette jeune diplômée d’une école de commerce a passé une semaine à planter les choux, récolter les fraises et composer de beaux bouquets d’aromates dans la ferme des Rufaux, une petite exploitation maraîchère 100% bio près de Rouen. Une façon originale de pratiquer l’écologie et de s’inventer «consommacteur». Et qui porte désormais un nom: le wwoofing , venu de l’acronyme WWOOF pour «Working Weekends on Organic Farms» (soit week-ends de travail dans des fermes bios) et qui essaime depuis l’Angleterre des années 1970. Aujourd’hui, le site WWOOF France revendique 950 hôtes. 

Cinq heures de déblayage et cueillette par jour

A la tête avec son compagnon d’une petite ferme bio de 2,8 hectares depuis un an, Linda, une ancienne Parisienne, propose aux wwoofers de découvrir comment cultiver sans épuiser la nature. Pour les visiteurs, qui travaillent environ 5 heures (limite inscrite dans la charte du wwoofing), cette rencontre est l’occasion de s’aventurer sur des terres inconnues. «On découvre un métier parfois méprisé, explique Laure. Et on mesure leur vulnérabilité. Quand je suis arrivée, une de leurs serres avait été endommagée par un orage. Dès qu’il y a un éclat sur une fraise, c’est pour la confiture! Je trouve ça fou de découvrir à 24 ans comment et à quelle saison poussent les légumes, alors que j’ai passé mes étés à la campagne…», avoue Laure. Réapprendre à se servir de ses mains, observer de près les abeilles, goûter des légumes délicieux et méconnus, l’expérience a convaincu Laure, prête à rempiler. «J’ai été impressionnée par l’infini des possibles pour se concocter des plats à partir de betteraves – que je pensais détester- , de navets ou de fèves que je n’avais jamais goûtées…» 

La transmission

Et le maître mot du wwoofing, au-delà du simple échange de bras contre nourriture et toit, reste la transmission. Un rôle que Linda prend à cœur. «Le wwoofing s’inscrit vraiment dans notre état d’esprit. Depuis le début, dans notre petite maison dans la prairie, on est en mode débrouille. Et puis c’est prenant comme métier, alors comme on n’a plus beaucoup de temps pour sortir, les gens viennent à nous. Et ça devient parfois des amis.» 

Il arrive aussi que le courant ne passe pas. «On a reçu deux adolescents de 18 ans qui devaient nous aider pendant deux semaines pour avoir le droit de partir en vacances, se remémore Linda. Les gamins arrivent en mode punition. A la fin, l’un d’eux me dit "en fait le wwoofing, c’est de l’esclavage!" D’autres veulent bosser au même rythme que nous, c'est-à-dire de 9h à 20h… C’est sûr, il faut que les gens aient envie d’apprendre. Mais en général on reçoit des personnes qui se posent des questions sur l’écologie, sur l’agriculture.» 

Un choix militant

Ce choix de vacances militantes étonne d’ailleurs certains, plus habitués à se faire rémunérer pour s’esquinter le dos pendant les vendanges. «C’est vraiment une expérience humaine, nuance Laure. On a aussi cuisiné, parlé de thèmes de société, joué avec les hôtes, rencontré leurs amis. Je ne me suis pas sentie exploitée. D’autant plus qu’ils ne se paient pas, ils ne sont pas du tout dans une logique pécuniaire... Mais c’est vrai que j’ai entendu parler de mauvaises expériences. Il faut garder un sentiment de liberté.»