Sur la route des vacances, méfiez-vous des radars espagnols

SÉCURITÉ partir de ce jeudi, si vous vous faites flasher en Espagne, la contravention vous suit en France...

Mathieu Gruel

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Un radar automatique sur une route belge. Comme l'Espagne, la Belgique a signé un accord bilatéral avec la France pour l'échange de données sur les automobilistes flashés par les radars automatique
Un radar automatique sur une route belge. Comme l'Espagne, la Belgique a signé un accord bilatéral avec la France pour l'échange de données sur les automobilistes flashés par les radars automatique — Denis Closon/ISOPIX/SIPA

Et si vous rameniez, de votre voyage en Espagne, une jolie contravention? Un accord bilatéral passé entre la France et nos voisins ibériques, qui entre en vigueur ce jeudi, doit en effet permettre l'échange transfrontalier d'informations sur les infractions de sécurité routière (vitesse, feux rouges...) constatées par les radars.

Désormais, les conducteurs espagnols flashés par les radars français seront donc poursuivis, tout comme les conducteurs français commettant des excès de vitesse ou des franchissements de feu rouge en Espagne.

Une question d’équité

Avec ce dispositif, la France anticipe en fait l'application d'une directive européenne de 2011, qui prévoit que tous les états européens -exceptés le Danemark, l'Irlande et le Royaume-Uni qui n'ont pas signé- pourront poursuivre les automobilistes qui contreviennent au Code de la route.

La sécurité routière indique d’ailleurs qu’en 2012, près de 450.000 infractions constatées par les radars automatiques français concernaient des véhicules immatriculés en Espagne. De leur côté, les radars automatiques espagnols ont constaté, cette même année, environ 130.000  infractions commises par des conducteurs de véhicules immatriculés en France.

Pour Jean-Yves Salün, délégué général de la Prévention routière, il s’agit «d’une question d'équité de tous devant la loi». Une avancée pour laquelle il reconnaît avoir dû longtemps batailler. Car «même si ça a l'air simple, c'est en fait très compliqué à mettre en place, puisque ça touche aux systèmes juridiques des différents pays».

Déjà en vigueur avec d’autres pays

Mais l’harmonisation est enclenchée. Le même genre de dispositif bilatéral est d’ailleurs déjà entré en vigueur le 30 juin 2012 avec la Belgique, le 9 juillet 2009 avec la Suisse et le 15 octobre 2001 avec le Luxembourg. En France, environ 25% des infractions relevées (50% en période estivale) concernent des véhicules immatriculés à l’étranger, alors qu’ils ne représentent que 5% du trafic rappelle la Sécurité routière.

Reste maintenant à voir quel effet il aura, notamment sur le nombre de victimes. Si pour le délégué général de la Prévention Routière il semble évident qu'il y en aura un, «c'est pour l'instant impossible de dire quelle en sera l'importance».

Pas de perte de points

C'est peut-être du côté du porte-monnaie que les premiers effets pourraient se faire sentir. Le montant des amendes perçues devrait atteindre les 100 millions d'euros par an, estime une responsable de l'Agence nationale de traitement automatique des infractions (Antai) dans Le Parisien.

Chaque année, les radars rapportent en France quelque 700 millions d'euros rappelle Christiane Bayard, secrétaire générale de la Ligue de défense des automobilistes. Pour elle, «tout cela c'est simplement pour faire rentrer de l'argent. Une fois de plus, on touche au porte-monnaie plutôt que de faire de la pédagogie», regrette-t-elle.

Seule petite consolation, les automobilistes qui seraient pris en faute ne perdront pas de points. C’est toujours ça.