Vol de bijoux à Cannes: A-t-on vraiment une chance de récupérer le butin ?

INTERVIEW Claude Cancès, ancien directeur de la police judiciaire de Paris, donne des éléments de réponses sur ce type de braquage...

Propos recueillis par Anne-Laëtitia Béraud

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L'hôtel Carlton de Cannes, où a eu lieu le braquage des bijoux Leviev.
L'hôtel Carlton de Cannes, où a eu lieu le braquage des bijoux Leviev. — PJB/SIPA

Après le braquage spectaculaire au Carlton de Cannes avec un magot estimé de 102 millions d’euros, l’heure est à l’enquête pour les forces de l’ordre. Des questions sur la manière de procéder au braquage ou le type de malfaiteur restent aujourd’hui en suspens. Eléments de réponses avec Claude Cancès, ancien directeur de la police judiciaire de Paris, qui a passé trente-cinq ans au 36 Quai des Orfèvres

Comment la recherche du voleur de bijoux s’organise-t-elle?

D’après le procureur, le vol a été commis par un individu seul, en passant par une fenêtre qui était à ce moment là déverrouillée, à un moment particulier car il n’y avait pas de clients. Ces faits sont très intéressants, et posent deux questions pour l’enquête. Y-a-t-il eu complicité interne, c’est-à-dire que ce voleur aurait bénéficié de l’aide de quelqu’un, peut-être un salarié de l’hôtel, pour atteindre ces bijoux? La deuxième question concerne le voisinage. Un homme seul, masqué, prenant la fuite à pied fin juillet à Cannes, cela peut être remarqué. Une enquête de voisinage peut révéler un signalement du malfaiteur, le chemin qu’il a emprunté…

Un homme seul qui commet un braquage, est-ce courant?

Non, ce n’est pas courant. Si l’individu est vraiment un solitaire, il se fera serrer. Si ce vol est l’œuvre d’une équipe, ce sera plus long, car celle-ci est structurée. Aujourd’hui, il est difficile de circuler avec ce type de butin. Dans une équipe, il y a donc ceux qui vont cacher le magot dans un premier temps, avant que d’autres prennent le relais pour dessertir les pierres, les retailler, enfin les écouler sur les marchés parallèles…

Les équipes structurées sont-elles donc impossibles à attraper?

Cela peut prendre plus de temps, mais elles se font aussi attraper. Je me rappelle très bien du «casse du siècle», c’est-à-dire le vol à la joaillerie de luxe Harry Winston, avenue Montaigne à Paris, en décembre 2008. Trois hommes avaient emporté la quasi-totalité des bijoux exposés [d’un montant de 85 millions d’euros], mais le butin a été peu à peu retrouvé. Des trouvailles parfois incroyables. Les policiers de la brigade de répression du banditisme (BRB) avaient retrouvé une partie des bijoux dans une boîte coulée dans le béton d'un égout de récupération des eaux pluviales en Seine-Saint-Denis. Cela veut dire que l’on peut retrouver ces bijoux.

Après le braquage à Cannes, que fait la police pour retrouver le ou les voleurs?

Il y a plusieurs éléments. Les policiers connaissent des personnes qui sont dans la filière, il y a également des écoutes de l’antigang, parfois un signalement. Il y a aussi des informations qui fuitent, comme un mot lâché par quelqu’un en boîte de nuit ou en prison, et qui revient d’une manière ou d’une autre à la police. Cela peut prendre un peu de temps, mais ce type d’informations est parfois important pour faire avancer une enquête. A propos du braquage de Cannes et son modus operandi, je suis relativement optimiste, j’ai l’impression que les collègues sont en train de tirer les fils de cette affaire et que cela pourrait donner rapidement des réponses.