Faut-il en finir avec les mutuelles étudiantes?

Delphine Bancaud

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Enseigne et logo de la LMDE (La Mutuelle Des   Etudiants), rue Linne, dans     le 5eme Arrondissement  de Paris.
Enseigne et logo de la LMDE (La Mutuelle Des Etudiants), rue Linne, dans le 5eme Arrondissement de Paris. — NEGROTTO VIVIANE/SIPA

Les mutuelles étudiantes sont elles menacées? La version préparatoire d’un rapport de la Cour des comptes, dont s’est fait écho Le Monde dans son édition de jeudi, n’en finit plus de jeter le trouble sur l’ensemble du secteur.

Le document tacle notamment la Mutuelle des étudiants (LMDE), première mutuelle de France avec environ 900.000 affiliés, critiquant sa «qualité de service globalement très insatisfaisante», ses «coûts de gestion élevés», sa «faible productivité», le faible taux de réponses aux appels téléphoniques (une sur quatorze), sans compter les retards dans le traitement des feuilles de soins des étudiants et pour éditer les cartes vitales.

Si la LMDE est principalement visée par ce rapport, il n’épargne pas non plus ses concurrentes: «Les mutuelles étudiantes paraissent significativement moins productives que les caisses primaires», souligne le rapport. Des critiques d’autant plus gênantes pour les mutuelles, qu’elles font suite à celles formulées par une mission d’information du Sénat en décembre 2012 et celles d'une étude de l’UFC que Choisir parue en septembre 2012. Au final, ces trois textes suggèrent que le régime étudiant soit supprimé au profit d’une adhésion directe des étudiants à l’Assurance maladie. 

Ne pas faire d’amalgames

Une proposition qui fait évidement bondir les mutuelles étudiantes.«Il ne faut pas faire l’amalgame entre la LMDE et les autres mutuelles étudiantes. Ce n’est pas parce qu’un des acteurs du secteur est un mauvais gestionnaire que tous les autres le sont», a réagi vendredi, Annie Coutarel, directrice générale de la Smerep. Un avis partagé aussi par le réseau emeVia, qui représente les 11 mutuelles étudiantes régionales, dans un communiqué intitulé: «Stop à l’amalgame ! Ne mettez pas sous le tapis ce qui fonctionne».

Pour souligner l’importance de séparer le bon grain de l’ivraie, la Smerep détaille ce qui la différentie de la LMDE: «Notre mutuelle est à l’équilibre depuis des années, nos délais de traitement des dossiers sont compris entre 48h et 6 jours, nous éditions les cartes vitales en trois semaines si le dossier de l’étudiant est complet et nous répondons à 90% des appels», explique Pierre Faivre, son vice-président.

De leur côté, les mutuelles du réseau emeVia expliquent que rapatrier la santé des étudiants dans le giron des caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) ne permettrait pas de faire des économie: «En 2012 un affilié coûtait en moyenne 65,8 euros dans les 50 CPAM les plus performantes, alors que les mutuelles étudiantes ne touchent que 52 € pour gérer la santé d’un étudiant.» «La plupart des mutuelles font aussi mieux que la Sécurité sociale en matière de délais de remboursement », souligne de son côté Annie Coutarel, de le Smerep.

Le ministère de la Santé sur la réserve 

Les mutuelles sont cependant toutes unanimes pour reconnaître qu’elles ont encore des progrès à faire pour améliorer leurs offres. «Il faut qu’on développe encore nos services sur Internet », souligne Pierre Faivre. Toutes les mutuelles militent aussi pour la création d’un régime unique pour la Sécurité sociale étudiante car, actuellement, il en existe plusieurs en fonction de l’âge de l’étudiant, de la profession de ses parents…

Pour l’heure, le ministère de la Santé ne semble pas décider à remettre en cause le régime étudiant de sécurité sociale. «A l’évidence, des améliorations peuvent et doivent être envisagées dans la gestion des mutuelles étudiantes car leur sécurité sociale  n’est pas optimale aujourd’hui», a seulement déclaré au Monde la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Reste à savoir quels moyens elle utilisera pour contraindre certaines d’entre elles à améliorer leur gestion...