Les Hommen de Roland-Garros échappent, à leur surprise, à un procès

JUSTICE La procédure visant quatre jeunes hommes anti-mariage pour tous a été annulée ce jeudi. Le parquet peut faire appel...

Enora Ollivier

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Des jeunes sont venus soutenir devant le palais de justice de Paris quatre «hommen» qui comparaissaient pour avoir perturbé la finale de Roland-Garros. Le 18 juillet 2013.
Des jeunes sont venus soutenir devant le palais de justice de Paris quatre «hommen» qui comparaissaient pour avoir perturbé la finale de Roland-Garros. Le 18 juillet 2013. — V. WARTNER/ 20 Minutes

Dans la salle d'audience, des jeunes aux visages n'osant pas encore s'illuminer se regardent, interrogatifs, avant d'exulter. Oui, ils ont bien compris, le tribunal correctionnel vient d'annoncer qu'il n'était «plus saisi» de la procédure visant quatre «hommen» qui avaient perturbé la finale de Roland-Garros. Le 9 juin dernier, 12 jeunes militants anti-mariage pour tous avaient été interpellés après avoir déployé une banderole et introduit des fumigènes dans le stade.

Les quatre poursuivis à l'issue de leur garde à vue n'ont finalement pas répondu de leurs actes ce jeudi. Les juges ont prononcé la nullité de la procédure, au motif que le délai entre leur interpellation et la notification de leurs droits a été trop long: 3h30, alors que la jurisprudence tolère 50 minutes.

«Deux poids deux mesures»

La décision du tribunal vient contredire, à leur profit, ce que tous clamaient avant l'audience. Deux heures avant d'entrer dans la chambre correctionnelle, Michel*, 28 ans, qualifiait déjà sa comparution de «procès politique». Chemise bleue bien repassée, badge apparent du Printemps français sur le torse et sage raie sur le côté, il racontait n'avoir «rien perturbé du tout» en tenant une banderole au sommet du court Suzanne-Lenglen, où «il n'y avait pas de match». Le jeune homme était aussi le seul du quatuor à être poursuivi pour «violence avec arme de destination». Un vigile avait été blessé à la main en touchant un des fumigènes détenu par le groupe.

Louis, 29 ans, 16 interpellations et 122 heures de garde à vue à son actif au cours du mouvement contre le «mariage pour tous», se plaignait lui du «deux poids deux mesures» dans la justice. Un argument repris par Frédéric Pichon, avocat d'un des prévenus qui, tout en étant «serein» quant à la décision du tribunal, s'étonnait du fait que «les Femen qui sont entrées à Notre-Dame en tenant des propos insultants vis à vis des catholiques» ne soient pas inquiétées de la même façon.

«Politique d'exception»

Alors, à l'issue de la comparution, la surprise se mêle quelque peu à la joie. «Je ne m'y attendais pas forcément», lâche l'un des jeunes, quand un deuxième se contente de lancer «on ne lâche rien», le cri de rassemblement du mouvement.

«Ca montre qu'il y a encore une justice», se réjouit Louis qui entend prolonger son combat. Le jeune homme, qui «bosse en libéral», a même arrêté de travailler depuis le 1er décembre 2012 pour mieux pouvoir s'investir dans la contestation.

«Nous sommes en présence d'un tribunal qui a peut-être compris qu'on essayait d'appliquer une politique d'exception», réagit Stéphane Maître, avocat du plus jeune des poursuivis, Marc*, 22 ans. Selon le conseil, le tribunal «n'a pas été dupe» et a fait preuve «d'indépendance» vis à vis du parquet qui «fait litière du droit quand les affaires concernent les petits jeunes de la Manif pour tous». Les quatre jeunes hommes n'en ont pour autant pas forcément fini avec cette affaire. «Je pense qu'il y aura appel du ministère public et que vous aurez à vous expliquer devant la cour d'appel», a en effet conclu le président du tribunal.

*Les prénoms ont été changés, à la demande des intéressés