Transports ferroviaires: «Plus on sous-traite, plus on prend des risques»

TRANSPORTS Après le projet de réforme du système ferroviaire déposé au mois de mai, les syndicats s’inquiètent de l’augmentation du recours à la sous-traitance par la SNCF…

Aude Massiot

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Des ouvriers travaillaient sur un chantier SNCF, en juin 2012
Des ouvriers travaillaient sur un chantier SNCF, en juin 2012 — f . scheiber / 20 minutes

Une sous-traitance de plus en plus fréquente, des salariés moins bien payés et moins qualifiés… Les syndicats alertent depuis plusieurs années sur les problèmes de sécurité causés par le recours massif à la sous-traitance par la SNCF, que ce soit dans le secteur des infrastructures, du matériel roulant ou des métiers transversaux (informatique, accueil, etc.).  Ces entreprises privées font travailler «des contractuels, qui sont souvent des intérimaires, sous-payés et manquant de formation», dénonce Bernard Guidou, secrétaire fédéral de la CGT-Cheminots. Plus on sous-traite, plus on prend des risques.» Et avec le drame de Brétigny-sur-Orge (Essonne), la question est de nouveau d’actualité.     

La sous-traitance, une brèche dans la sécurité

Le syndicat a alerté les pouvoirs publics sur le sujet depuis plusieurs années, mais la situation n’a pas évolué, d’après lui. Au contraire. Ces recours à des entreprises privées à hauteur de 35% précarisent le statut de cheminot. Mais ils fragilisent aussi la chaîne de sécurité. «Avant, nous pouvions travailler en nombre suffisant, dans des équipes de proximité. Aujourd’hui, pour diminuer les coûts, les gains en productivité se font sur le dos des cheminots, et au détriment de la sécurité des voyageurs et des travailleurs», considère Bernard Guidou.

Une sous-traitance dure à contrôler

«La sous-traitance, ce n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau c’est la proportion avec laquelle la SNCF y a recours.» Pour Christophe Dard, secrétaire national de la CDFT-Cheminot, aucune étude ne prouverait le fait qu’il y ait plus d’accidents quand le travail est fait par des entreprises privées. «Dans tous les cas, des plans de prévention sont établis. Nous sommes très vigilants sur les conditions de travail sur les chantiers. Elles doivent correspondre aux cahiers des charges», affirme-t-il.

«Le problème reste que la sous-traitance est maintenant utilisée pour des tâches qui sont au cœur du métier de cheminot, et non plus dans des secteurs spécialisés.» Christophe Dard admet qu’un des revers de la sous-traitance est que, quand un contrat de marché est passé, difficile de savoir si l’entreprise en question ne sous-traite pas elle-même cette tâche, à moindre prix. «La dernière fois, nous avons découvert sur un chantier que les travaux étaient effectués par des ouvriers roumains sous-payés et sans formation», raconte Bernard Guidou, de la CGT-Cheminot.

La SNCF et RFF n’ont pas souhaité répondre aux points particuliers évoqués par les représentants syndicaux. Ils maintiennent que les règles sont les mêmes pour toutes les entreprises avec qui ils nouent des contrats, et que des contrôles veillant au respect du cahier des charges sont effectués régulièrement.

 

Solidarité entre cheminots et travailleurs sous-traitants

«La sous-traitance a ses limites, explique le secrétaire fédéral de la CFDT-Cheminots. Que ce soient en termes de savoir-faire propres aux cheminots, ou encore en termes de moyens mis à disposition par les entreprises pour les travaux.» Aussi, contre toute attente, il n’existe aucune tension entre les cheminots et les salariés sous-traitants, qui se côtoient sur les chantiers. «Au contraire, on a les moyens de faire arrêter un chantier si les conditions de travail de nos collègues sous-traitants ne sont pas correctes», affirme le représentant de la CFDT-Cheminots.