Primé pour «Le petit criminel», Gérald Thomassin rattrapé par la justice

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César du meilleur espoir masculin en 1991 pour  son rôle dans "Le petit criminel" de Jacques Doillon, Gérald Thomassin, qui a depuis sombré dans l'alcoolisme et la drogue, est soupçonné d'avoir sauvagement tué, en 2008 dans l'Ain, une employée de poste communale
César du meilleur espoir masculin en 1991 pour  son rôle dans "Le petit criminel" de Jacques Doillon, Gérald Thomassin, qui a depuis sombré dans l'alcoolisme et la drogue, est soupçonné d'avoir sauvagement tué, en 2008 dans l'Ain, une employée de poste communale — AFP

César du meilleur espoir masculin en 1991 pour son rôle dans «Le petit criminel» de Jacques Doillon, Gérald Thomassin, qui a depuis sombré dans l'alcoolisme et la drogue, est soupçonné d'avoir sauvagement tué, en 2008 dans l'Ain, une employée de poste communale, enceinte et mère de deux enfants.

Principal suspect dans cette affaire, ce marginal de 38 ans avait été interpellé et mis en examen le 29 juin dernier à Bourg-en-Bresse pour «vol avec arme et meurtre sur personne chargée d'une mission de service public», a déclaré à l'AFP Me Jacques Frémion, avocat de la famille de la victime, confirmant une information du Progrès.

Mais à la surprise générale, le juge des libertés et de la détention (JLD) l'avait remis en liberté sous contrôle judiciaire. Le parquet de Bourg-en-Bresse avait alors fait appel de cette décision et, le 13 juillet, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Lyon ordonnait son placement en détention provisoire.

Le suspect, qui nie toute responsabilité, était à nouveau interpellé vendredi à son nouveau domicile de Rochefort, en Charente-Maritime. Il devait être transféré en début de semaine à Bourg-en-Bresse pour les besoins de l'enquête, selon Me Frémion.

Le 19 décembre 2008, Catherine Burgod, 41 ans, agent communal dans l'agence postale de Montréal-la-Cluse (Ain), avait été retrouvée dans une mare de sang dans une pièce jouxtant le guichet.

Cette mère de deux enfants, enceinte de cinq mois et demi, avait été frappée de 28 coups de couteau, une arme qui n'a jamais été retrouvée. Son agresseur avait pris la fuite emportant un butin, dont le montant n'a pas été divulgué.

Très vite les soupçons des gendarmes s'étaient portés sur quelques marginaux toxicomanes vivant dans un immeuble juste en face de l'agence postale. Parmi eux, Gérald Thomassin, un comédien vivant de minima sociaux et de petits rôles dans des films d'auteurs.

Découvert à 16 ans par Doillon

Il avait été découvert en 1990, à l'âge de 16 ans, par le réalisateur Jacques Doillon qui avait lancé un casting dans des foyers de la direction des affaires sanitaires et sociales (DASS) de la région parisienne pour «Le petit criminel», un titre aux accents prémonitoires.

Ce film, dans lequel il incarne un petit délinquant à la dérive, lui vaudra en 1991 le César du meilleur espoir masculin, laissant présager une brillante carrière.

Las, le comédien, qui «n'aime pas le travail», «mène sa carrière» avec «une relative désinvolture», confiera Jacques Doillon, dans un entretien au Monde en avril 2008.

Thomassin tournera ensuite notamment dans La vie à rebours (1994) de Gaël Morel, Clubbed Death (1997) de Yolande Zauberman ou encore Jacquou le croquant de Laurent Boutonnat.

En 2001, il incarne Momo, un jeune sans abri débrouillard dans «Paria» de Nicolas Klotz, qui dira de lui, dans le même entretien au Monde, que «c'est l'un des plus grands du cinéma français et qu'on ne l'utilise pas assez».

«Il commence très fort, puis se dissout (...) et retombe dans ses problèmes de drogue. C'est très douloureux, et c'est pourtant la vie de Gérald qui est déjà tellement du cinéma», ajoutera-t-il.

Mais pour Me Frémion, «il va falloir qu'il s'explique» car «le dossier dégouline de faisceaux graves et concordants et son comportement suscite de multiples questions». Et notamment le fait que le père de la victime l'ait surpris en pleurs sur la tombe de sa fille.

Selon l'avocat, Thomassin s'était en outre accusé en juin 2013 «de l'avoir tuée», avant de revenir sur ses déclarations, affirmant s'être ainsi accusé car «il en avait marre de sa garde à vue».