Déraillement mortel à Brétigny: Des passagers inquiets avant de partir en vacances

J. C. avec AFP

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Neuf trains de voyageurs sur dix (90%) ayant circulé au premier semestre 2011 sont arrivés à l'heure, c'est-à-dire en-deçà de cinq minutes de retard sur l'horaire prévu, selon le premier Observatoire de la régularité des trains de Réseau ferré de France (RFF), publié jeudi.
Neuf trains de voyageurs sur dix (90%) ayant circulé au premier semestre 2011 sont arrivés à l'heure, c'est-à-dire en-deçà de cinq minutes de retard sur l'horaire prévu, selon le premier Observatoire de la régularité des trains de Réseau ferré de France (RFF), publié jeudi. — Miguel Medina afp.com

A Paris-Gare de Lyon samedi matin, la nervosité des voyageurs est palpable en ce jour de grand départ en vacances, au lendemain de la catastrophe ferroviaire meurtrière de Brétigny-sur-Orge, qui a entraîné la mise en place de trains-dortoirs à la gare d'Austerlitz.

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«Ce nombre de morts et de blessés, ça fait peur», glisse Daniel Zawadzki, 60 ans, prof de maths, partant pour Nîmes de la gare de Lyon. Il s'efforce de sourire mais il est encore sous le choc après l'accident qui a fait au moins six morts, huit blessés graves et 22 plus légers, en ce week-end de grand départ.

«Je ne crois pas à la loi des séries»

«Nous sommes à la grâce de Dieu», résume à quelques pas de là Marie-Pierre Colombelli, 56 ans, secrétaire dans une banque. «Tout peut arriver», souffle-t-elle, comme si elle trouvait dans la fatalité un réconfort. Derrière elle, Jean-Pierre, comptable de 50 ans, laisse transparaître sa nervosité, tout en marchant prestement pour attraper son train. «Rentabilité = insécurité, s'exclame-t-il. Il y a sûrement eu un problème de maintenance.»

A l'entrée du quai, deux étudiantes en droit tentent de se rassurer en se disant que partir en TGV et à bord d'un Intercités, ce n'est pas la même chose. «Nous voyageons en TGV: je pense que la sécurité n'est pas la même», affirme Nina, 23 ans. «Je ne crois pas à la loi des séries», ajoute à ses côtés Anne, 25 ans. «Le TGV est bien entretenu: ce n'est pas pareil», se rassure un peu plus loin Chantal, une enseignante de 57 ans venue accompagner sa fille Alice, partant pour Nice.

«On se dit que ça aurait pu être nous»

A la gare de Paris-Austerlitz, d'où est parti le train Intercités qui a déraillé à Brétigny-sur-Orge, est devenue une gare fantôme: seuls partent des trains à destination de l'Est, et la SNCF a transformé des trains en dortoirs pour les voyageurs affectés par les annulations dues à la catastrophe.

«Nous avons dormi à la bonne franquette», souffle Emmanuel Evah-Manga, un consultant de 50 ans, ses deux boîtes «repas» et «petit-déjeuner» de la SNCF sous le bras en descendant du train. Direction la gare Montparnasse d'où il espère rejoindre Orléans ce soir après de longs détours. «Nous sommes touchés: on se dit que ça aurait pu être nous», tremble un peu plus loin Nathalie Berthier, venue avec son mari Eric accompagner leur fille Aby, 9 ans, qui part en colonie de vacances.

Voyages reportés

Mohamed Amr, musicien de 28 ans, s'est mis à un piano mis à disposition par la SNCF face aux quais. Il improvise une mélodie qui a des airs de Debussy. «Ça tombe bien ce piano, glisse-t-il tout en jouant, j'ai quelques heures à attendre.»

Des groupes de jeunes en gilet rouge de la SNCF frappé du mot «Assistance» arrêtent les voyageurs venus à la gare avec l'espoir de partir. «Il faut reporter votre voyage», lâche l'un d'eux à Nathalie Duval, 46 ans, originaire de Marseille. Elle est déçue, mais refuse de se plaindre. «Des gens sont morts, souligne-t-elle-elle, et nous, nous sommes vivants.»