Les colonies de vacances sont-elles devenues un loisir pour gosses de riches?

Aude Massiot

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Le 20 juillet 2006 - Une colonie de vacances à Saint-Lunaire en Bretagne. Observation de la faune et la flore à marée basse.
Le 20 juillet 2006 - Une colonie de vacances à Saint-Lunaire en Bretagne. Observation de la faune et la flore à marée basse. — DURAND FLORENCE/SIPA

Les colonies de vacances, un loisir uniquement accessible aux classes aisées? Un rapport parlementaire alarmant a été publié le 10 juillet, au sujet de l’accessibilité des jeunes aux séjours collectifs et de loisir. Il rend compte d’une augmentation constante des prix des séjours depuis une quinzaine d’années. Avec 63 euros par jour et par enfant pour une colonie, contre 35 euros pour un centre aéré et entre 10 et 15 euros pour un séjour scout, une certaine mixité sociale propre aux anciennes colonies de vacances est en train de disparaître, si ce n’est pas déjà fait pour certains types de séjours.

La mission parlementaire dénonce ainsi «une approche plus consumériste» des séjours collectifs qui accentue les inégalités sociales: «Pour les enfants des milieux aisés, place au séjours à thèmes et aux séjours itinérants à l’étranger organisés par des organismes à but lucratif qui visent une clientèle très restreinte capable de débourser de 1.000 à 1.500 euros pour payer une semaine de vacances à leur enfant.» C’est la raison pour laquelle le rapport a repris la proposition faite par la Ligue française de l’enseignement, de rétablir une taxe sur l’hôtellerie de luxe afin de financer un fonds national d’aide au départ en séjours collectifs pour les mineurs. 

 «Les enfants partent moins loin, moins longtemps et moins souvent»

« Les enfants partent moins loin, moins longtemps et moins souvent», constate aussi le rapport. Thierry Barranco, chargé de mission à la Ligue française de l’enseignement et délégué aux vacances, aux loisirs éducatifs et aux classes découvertes, décrit un contexte peu avantageux pour les organismes associatifs qui tentent de favoriser les séjours destinés aux classes populaires. «Les aides d’Etat aux séjours et aux familles ont tendance à baisser depuis plusieurs années, et cela se répercute naturellement sur les prix des séjours», explique-t-il. Il dénonce aussi les nouvelles règlementations sur l’encadrement des jeunes, fixées en 2012, comme étant trop complexes et trop strictes. Les taux d’encadrement devant être plus importants et les animateurs plus qualifiés pour certaines activités, seules les colonies de haut de gamme peuvent proposer des activités d’exception, et seuls les enfants de familles aisées peuvent y accéder. C’est dans cette optique que la mission propose de créer un nouveau statut de « volontariat » pour les animateurs. 

Des coûts de transport trop élevés

«Il apparaît que les classes moyennes à revenus modestes sont particulièrement touchées par cet enchérissement, leurs enfants partent moins en séjours collectifs», constate François Pernette, directeur général adjoint de l’UCPA, association loi 1901 à but non-lucratif connue pour leurs séjours sportifs. Face au contexte économique général difficile, l’UCPA favorise les séjours de proximité moins coûteux et donc accessibles à un plus grand nombre. Car la raison principale évoquée pour expliquer la montée des prix sont les coûts des trajets pratiqués par la SNCF qui n’ont fait qu’augmenter ces dernières années. Des tractations avec la SNCF devraient être engagées d’ici la fin de l’année pour permettre de fixer des tarifs de groupes avantageux.

Suivant les recommandations de la mission, un projet de loi est prévu par le ministère des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la vie associative pour la fin 2013.