Affaire Bettencourt: La justice ordonne à «Mediapart» et au «Point» de retirer les enregistrements pirates

JUSTICE Et à verser 20.000 euros de dommages et intérêts à Liliane Bettencourt...

avec AFP

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Liliane Bettencourt va demander vendredi à la justice un aménagement de sa mise sous tutelle pour que seul son petit-fils Jean-Victor Meyers soit désigné comme son tuteur, a annoncé son avocat à l'AFP.
Liliane Bettencourt va demander vendredi à la justice un aménagement de sa mise sous tutelle pour que seul son petit-fils Jean-Victor Meyers soit désigné comme son tuteur, a annoncé son avocat à l'AFP. — Pierre Verdy afp.com

La justice a ordonné jeudi au Point et à Mediapart de retirer de leurs sites internet les enregistrements pirates réalisés chez Liliane Bettencourt par son majordome, estimant que leur diffusion entraînait une atteinte à la vie privée de la milliardaire. Edwy Plenel, le directeur de Mediapart, a annoncé qu'il allait se pourvoir en cassation.

La cour d'appel de Versailles a interdit aux deux organes de presse de publier ces documents à l'avenir et les a également condamnés à verser chacun 20.000 euros de dommages et intérêts à Liliane Bettencourt et 1.000 euros à son ancien gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre.

«L'information du public (...) ne peut légitimer la diffusion, même par extraits, d'enregistrements obtenus en violation du droit au respect de la vie privée d'autrui», indique la cour.

Rue 89 et @si prêts à accueillir les enregistrements

Pour Me Jean-Pierre Mignard, conseil de Mediapart dans ce dossier, cet arrêt est «liberticide». Les juges nient «l'objectif civique» de cette publication «sans laquelle cette affaire n'aurait jamais été découverte», a-t-il estimé. «Mediapart n'est pas le défenseur de toutes les personnes en situation d'abus de faiblesse en France», a réagi Me Frédérique Pons, avocate de Liliane Bettencourt.

«Si on avait considéré qu'écouter clandestinement une personne à son insu pendant un an ne constitue pas une atteinte à la vie privée, notre démocratie aurait été en péril», a-t-elle relevé.

Rue89 et Arrêt sur Images se sont déclarés prêts jeudi, sur leurs sites internet, à accueillir ces retranscriptions des enregistrements pirates. «Si les enregistrements censurés demandent l'asile politique à Rue89, ils seront les bienvenus!» s'est exclamé Pascal Riché, cofondateur de Rue89, dans un article publié sur le site web de ce média. «C'est clairement un acte de censure judiciaire, comme rarement on en a connu en France depuis des années», a-t-il ajouté. «Pour sa part, @si est prêt à héberger (en accès libre) les documents Bettencourt de Mediapart», a annoncé Arrêt sur Images sur son propre site internet.

Le dossier tentaculaire de l'affaire Bettencourt, désormais dépaysé à Bordeaux, comprend de nombreux volets judiciaires. L'ex-ministre Eric Woerth et Patrice de Maistre ont été renvoyés par les juges d'instruction devant le tribunal correctionnel, afin d'y être jugés pour «trafic d'influence».