Comment l'armée française soigne ses soldats

Céline Boff

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L'armée française traque les djihadistes dans le massif des Ifhogas, au nord-Mali, comme ici le 17 mars 2013.
L'armée française traque les djihadistes dans le massif des Ifhogas, au nord-Mali, comme ici le 17 mars 2013. — K. TRIBOUILLARD / AFP

Le 20 janvier 2012 est une date qu’il n’oubliera jamais. Ce matin-là, Mathieu Planchet, médecin, quitte la base de Gwan, en Afghanistan, pour faire un footing avec 22 autres militaires français. Quelques instants plus tard, son groupe essuie les tirs d’un soldat afghan. Mathieu voit quatre de ses compagnons décéder sur le coup. Lui n’a rien. Mais son infirmier fait partie des quatorze blessés.

«Je ne savais pas si les tirs allaient reprendre et je n’avais aucun matériel sur moi», raconte-t-il. Il décide de rapatrier les blessés sur le camp, transforme l’espace déjeuner en infirmerie et appelle le PECC, la cellule de coordination d’évacuation des patients. Il suit ainsi à la lettre le plan MASCAL, pensé pour prendre en charge de nombreuses victimes.

Les hélicoptères se succèdent pour évacuer les blessés vers de vrais hôpitaux. Le dernier décolle à 11h27. En moins de deux heures, Mathieu et ses auxiliaires sanitaires réalisent une autotransfusion, pose six voies veineuses, réalise deux garrots, pose un drain thoracique… Sur les quatorze blessés, un seul décèdera, deux mois plus tard au Val-de-Grâce.

«Tout s’est passé le mieux possible», avance-t-il, avant d’ajouter: «Ca a été un traumatisme hors norme: nous étions 32 à partir de France, nous sommes revenus à 14…».

«Des opérations plus offensives et plus risquées»

Le sauvetage des blessés au combat ne cesse de progresser avec l’augmentation des conflits. «Longtemps, les opérations ont consisté à dissuader», commente le général Didier Castres, qui note un changement fondamental depuis quinze ans. Somalie, Libye, Mali, Afghanistan, Côte d’Ivoire… «Les pouvoirs publics ont moins d’inhibition à recourir à la force et l’idée de défaire l’adversaire devient un objectif politique. Cela implique des opérations beaucoup plus offensives, donc plus risquées».

Mais «une opération militaire ne peut s’envisager qu’à l’issue d’une solide et fiable expertise sanitaire en amont», précise Emmanuel Angot, médecin en chef. L’armée française n’envoie ses soldats qu’après s’être assurée de pouvoir leur adjoindre les équipes médicales et le matériel nécessaires.

Et pour cause: «L’acceptation de l’opinion publique baisse au fil des pertes au combat», analyse le général Castres, qui estime que «la solidité de la chaîne santé est aussi à l’origine de la confiance des soldats et de leur motivation. Ils ne tenteraient pas les mêmes choses si leur sûreté et leur survie en cas de blessure n’étaient pas la priorité».

«80% des décès surviennent dans les dix premières minutes»

Ce soutien médical est géré par le SSA, le Service de santé des armées, qui a su développer un vrai savoir-faire sur le terrain. Notamment en soignant là où se tiennent les combats et en formant l’ensemble des soldats aux premiers gestes. Car les dix premières minutes sont capitales: «80% des décès surviennent dans ce laps de temps», détaille Jean-Louis Daban, médecin principal.

Coupes budgétaires oblige, le SSA va devoir tailler dans ses dépenses pour pouvoir poursuivre ses activités sur les théâtres d’opérations. A priori, en supprimant certaines offres de soins dans ses hôpitaux militaires. L’armée est en train de travailler sur cette idée et soumettra son projet fin septembre au ministre Jean-Yves Le Drian.