Mourir dans la dignité, ça peut être simple comme un coup de fil

Vincent Vantighem

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Le 1er juillet 2013. Association ADMD - Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité.
Le 1er juillet 2013. Association ADMD - Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. — V. WARTNER / 20 MINUTES

La liaison est mauvaise. La voix un peu chevrotante. Mais Bernadette* n’a pas de mal à se faire comprendre. «On m’a dit qu’il y avait une certaine potion à boire. Je veux savoir comment ça marche, annonce-t-elle de but en blanc. Mes problèmes augmentent. Je vais partir quelques semaines en vacances. Et c’est sans doute en rentrant que…»

L’octogénaire n’a pas besoin de terminer sa phrase pour être entendue. A l’autre bout du fil, Véronique* est rodée à ce genre de conversation. Infirmière à la retraite, elle tient depuis dix-huit mois la permanence téléphonique** de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD). «On nous demande tout le temps si on peut fournir des pilules magiques, témoigne-t-elle après avoir raccroché. L’euthanasie active étant interdite en France, on oriente les personnes en très grande souffrance vers l’étranger, essentiellement en Suisse

«Si vous tombez sur un connard de médecin…»

Après avoir soigné les premiers malades du sida dans les années 1980 et des enfants cancéreux par la suite, Véronique connaît bien la notion de souffrance. «Le plus important, ce sont les directives anticipées, assure-t-elle d’une voix douce mais énergique à une autre interlocutrice. Vous nommez des personnes de confiance qui préviendront les médecins qu’il ne faut pas s’acharner s’il n’y a plus d’espoir pour vous…»

«Les médecins sont obligés de suivre ces directives?» interroge cette dame de 65 ans qui veut «juste prendre [ses] précautions». «Oui, lui répond Véronique. Sauf si vous tombez sur un connard. Mais là, on fera le nécessaire.» Avec plus de 50.000 adhérents au compteur, l’ADMD dispose d’un réseau de praticiens capables de convaincre leurs collègues plus réfractaires. «Le problème, c’est que la loi n’est pas assez connue, explique un autre salarié de l’ADMD. Depuis la loi de 2005, les patients peuvent exiger la fin de l’acharnement thérapeutique. Mais cela reste tabou…»

«Euthanasie veut dire "belle mort" en grec»

Sur les murs du couloir de l’association, un sondage annonce pourtant fièrement que 86% des Français sont favorables à une loi qui légaliserait la pratique de l’euthanasie. Après l’avis négatif rendu, ce lundi, par le Comité consultatif d’éthique, François Hollande a annoncé un projet de loi pour la fin d’année.

Mais Véronique ne se fait pas d’illusion. «Les sondages sont favorables. Tout le monde connaît quelqu’un dans sa famille que l’on a aidé à mourir. Mais les politiques manquent de courage. Ils n’ont pas encore compris qu’euthanasie veut dire "belle mort" en grec…»

*Les prénoms ont été modifiés
**Du lundi au vendredi de 10h à 19h : 01 48 00 04 92