La «police des polices» se met au 2.0

William Molinié

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A droite, Marie-France Moneger, chef de l'inspection générale de la police nationale (IGPN).
A droite, Marie-France Moneger, chef de l'inspection générale de la police nationale (IGPN). — BERTRAND GUAY / AFP

Peu de flics les apprécient. Et de l’aveu même de la patronne de la «police des polices», «le temps où on nous accueillera avec des fleurs au commissariat n’est pas encore venu». C’est dire si l’exercice de «transparence et d’ouverture» dont veut faire preuve l’inspection générale de la police nationale (IGPN) pouvait être chancelant. Ce vendredi, les services d'inspection ont présenté leur bilan d'activités 2012 ainsi que la réforme de leur organisation qui doit être mise en place le 2 septembre 2013.

Une plate-forme de signalement sur Internet permettra aux citoyens de transmettre leurs doléances concernant l’attitude d’un policier qu’ils jugeraient inappropriée et saisir la «police des polices». «L’objectif n’est pas de favoriser la délation [...] mais de recueillir de manière rigoureuse, de les analyser et d’en tirer toutes les conséquences», précise l’IGPN. «Il ne s'agit pas de stigmatiser les policiers», assure Marie-France Moneger, directrice de l'IGPN, en réponse aux inquiétudes des syndicats.

Les services d’inspection reçoivent déjà environ 2.300 signalements par an, via des déclarations, courriers ou mails. «Je pense que ce nombre va augmenter. Peut-être aussi assisterons-nous à des pics, comme par exemple après une manifestation qui se serait mal passée. Mais je ne crois pas à une explosion», poursuit la patronne de la «police des polices».

«Meilleur service aux citoyens»

Jusqu’à présent, deux services étaient chargés de faire la police chez les policiers: l’IGS (inspection générale des services) à Paris et en petite couronne et l’IGPN sur le reste du territoire. Les deux entités vont fusionner et l’IGS, auparavant sous autorité du Préfet de police, va devenir une délégation de l’IGPN sur toute l’Ile-de-France. D’autres délégations vont être créées à Rennes (Ille-et-Vilaine) et Lille (Nord) cette année et à Metz (Moselle) en 2014. «Nous voulons proposer une couverture territoriale plus complète afin de rendre un meilleur service aux citoyens», commente Marie-France Moneger.

Selon les chiffres communiqués ce vendredi, sur les 1.393 plaintes faites à l’encontre de policiers, 786 portaient sur des «atteintes aux personnes», 220 sur des «atteintes aux biens», 233 pour d’autres fautes professionnelles et 154 pour des comportements inappropriés dans le cadre privé. «Dans 74% des cas où on a été saisis, les services d’inspection ont proposé un classement de la plainte», précise Marie-France. Environ 3.000 sanctions sont prononcées chaque année, à 85% par les chefs de service dans les commissariats et à 15% par les services d’inspection.

Réfléchir à d'autres sanctions

L’IGPN, composée de 200 agents avec l’IGS, veut poursuivre la réalisation d’études sur tous types de sujets (armes, audit, suicide…). Et développer son rôle de «coordination» et de «conseil», de manière à éviter que des affaires concernant des policiers mis en cause ne soient pas transmises ou détournées. Comme ce fut le cas pour la Brigade anti-criminalité (BAC) Nord de Marseille (Bouches-du-Rhône), ou encore à Paris, où l’IGS a été entachée de soupçons de manipulation pour écarter en 2007 des fonctionnaires jugés trop à gauche.

Enfin, une réflexion est en cours concernant l’évolution de la nature des sanctions, a indiqué la directrice de l’IGPN. L’échelle va du simple blâme à la révocation et la mise à la retraite d’office. «Il y a d’autres possibilités, comme la formation ou le retour d’expérience», explique Marie-France Moneger qui cite une affaire de policiers ayant tenu des propos inappropriés sur des réseaux sociaux. «Ils ont fait un stage dans les services spécialisés. Et à leur retour, ils ont dû former leurs propres équipes aux dangers que peuvent représenter les réseaux sociaux», conclut-elle, satisfaite.