Affaire Karachi: Le début du grand déballage

Vincent Vantighem

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L'homme d'affaires Ziad Takieddine.
L'homme d'affaires Ziad Takieddine. — DESSONS / JDD / SIPA

Depuis deux ans, il a dit tout et son contraire faisant même l’objet de plaintes pour «faux témoignage». Mais cette fois, c’est différent. L’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine a avoué aux juges avoir œuvré au financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995, via les rétrocommissions de l’affaire de Karachi (lire l’encadré).

Outre les dates et l’endroit à Genève par lequel les valises de billets ont transité, Takieddine a surtout cité les noms de Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, des proches de Balladur, chargés lui de remettre six millions de francs en trois fois.

>> «Sarkozy s’est moqué de nous». Retrouvez l’interview de la porte-parole des familles des victimes de l’attentat de Karachi.

Une confrontation avec Thierry Gaubert dès lundi

Si Takieddine s’est mis à table, c’est tout simplement parce qu’il ne supporte pas de dormir en prison depuis le 31 mai à cause d’une sombre affaire de passeport dominicain à l’aide duquel il est soupçonné d’avoir voulu fuir la France. «Il ne tolère pas la détention. Il est comme un lion en cage. Enfin, un lion affaibli…», témoigne Francis Vuillemin, son avocat.

Du coup, la semaine dernière, alors qu’il est convoqué par les juges pour s’expliquer sur son passeport, Takieddine affirme qu’il est prêt à passer aux aveux sur Karachi. «Il a été lâché par tous les élus qui le protégaient, pense Olivier Morice, l’avocat des familles de victimes de l’attentat de Karachi. Il n’a plus rien à perdre à parler. Ce n’est que le début du grand déballage.»

Le juge va lui attraper le bras et ne plus le lâcher…

Voyages à Genève et traces de retraits d’espèces suspects : les juges avaient déjà quelques éléments sous le coude. Ils ont désormais des aveux directs à opposer aux proches de Balladur. Contacté par 20 Minutes à ce propos, François Esclatine, l’avocat de Thierry Gaubert, ne peut, pour l’instant, que «contester formellement» la version de Takieddine. La confrontation entre celui-ci et Thierry Gaubert prévue lundi risque d’être mouvementée. «Takieddine a tendu la main au juge, conclut une source judiciaire. Celui-ci va lui attraper le bras et ne plus le lâcher jusqu’à ce qu’il dise tout…»

Tout comprendre de l’affaire Karachi

Ziad Takieddine et Abdulrahman El-Assir ont servi d’intermédiaire à la France pour lui permettre de signer des contrats de vente de sous-marins avec le Pakistan et de frégates avec l’Arabie Saoudite. Pour cela, ils ont touché des commissions légales. Si une partie a été versée au Pakistan, une autre part serait revenue, illégalement, financer la campagne d’Edouard Balladur en 1995. Une fois élu, Jacques Chirac aurait mis fin à ce système de financement. «Chirac a mis fin à ce système en 1995. Ca n’a pas plu aux commanditaires de l’attentat qui touchaient de l’argent grâce à cela. Ils ont fait exploser la bombe en représailles», pense Sandrine Leclerc, porte-parole des familles.