Coup de filet en Ile-de-France: La «cellule islamiste» liée au banditisme?

DECRYPTAGE Selon la police, les islamistes radicaux présumés arrêtés lundi par la Sdat voulaient financer des actes terroristes par des braquages...

William Molinié

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Le 5 fevrier 2013. Direction centrale du renseignement interieur - DCRI
Le 5 fevrier 2013. Direction centrale du renseignement interieur - DCRI — V.WARTNER / 20 MINUTES

L’affaire Merah avait révélé la connivence entre islamisme radical et délinquance ordinaire (vols, trafics de stupéfiants, recels). Celle de la «cellule islamiste» démantelée lundi en région parisienne fait resurgir la proximité, parfois le mélange assumé, entre banditisme et djihadisme.

Financer la «cause» et des projets d’attentats grâce à l’argent des braquages… Deux des six individus interpellés sont soupçonnés d’avoir commis un vol à main armée dans une agence de la Banque postale à Pont-Carré (Seine-et-Marne) en avril dernier. Au fil des écoutes, les policiers se sont rendu compte qu’ils nouaient des relations avec d’autres individus et projetaient d’utiliser l’argent pour commettre des attentats et viser des personnalités françaises.

«Deux individus apparaissent comme étant porteurs d’idéologie et semblaient prêts à commettre des actes au nom de l’islam. Parmi les quatre autres, certains sont convertis. Mais ils ne sont pas pour autant radicalisés», nuance auprès de 20 Minutes une source proche du dossier.

Double casquette

Où les deux mondes se rencontrent-ils? «Un des suspects s’est radicalisé en prison, au contact d’un barbu», note une source policière. Derrière les barreaux, les clans des défenseurs de l’islam radical sont de plus en plus puissants, même si les autorités estiment que le phénomène reste à la marge. «En prison, le milieu traditionnel du grand banditisme s’est effacé. D’autres ont repris la main et parmi eux, les “frères”», commente une source syndicale pénitentiaire.

Parfois, la casquette est double. Comme dans l’affaire du gang de Roubaix (Nord). Certains membres de cette bande criminelle active sur le territoire en 1996 s’étaient convertis avant de servir la cause du djihad et de devenir des braqueurs chevronnés pour financer le terrorisme. Ou encore dans le dossier ouvert début 2011 par la cour d’assises spéciale de Paris, où djihad et banditisme s’entrecroisaient. Selon l’accusation, ces huit individus jugés pour des braquages commis en 2004 et 2005 avaient comme projet de financer les réseaux d’Al-Quaïda.

Association de circonstance?

La porosité entre banditisme et islamisme n’est pas nouvelle. «D’ailleurs elle était plutôt en voie de disparition. Généralement, les récents profils comme ceux de Merah avaient plutôt tendance à quitter le banditisme pour se lancer dans le djihadisme, en guise de rédemption», relève l’islamologue, Mathieu Guidère.

Assiste-t-on à la résurgence d’anciennes connexions et morphologies de groupes criminels? Ou s’agit-il d’une «association de circonstance», un épiphénomène, lié à la personnalité de l’individu le plus âgé interpellé lundi et déjà condamné dans l’affaire de la cellule de Francfort qui projetait en 2000 de commettre un attentat sur le marché de Noël de Strasbourg (Bas-Rhin)? «Le mélange de ces deux milieux était la marque de fabrique des années 1990. Il faudra attendre la fin de l’enquête pour en tirer des conclusions», temporise, prudent, Mathieu Guidère.