Le «système Dassault» serait-il en train d'imploser?

CORBEIL-ESSONNES A moins d’un an des municipales, le feuilleton politique déborde dans la rue. Jean-Pierre Bechter, le maire UMP, a été placé en garde à vue ce mercredi et deux perquisitions ont été menées chez Serge Dassault...

William Molinié

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Le 24 juin 2013. Entrée du conseil municipal à la mairie de Corbeil-Essonnes tenue par le maire UMP, Jean-Pierre Bechter. Des vigiles ( de dos) ainsi que la police municipale sont postés a l'entrée.
Le 24 juin 2013. Entrée du conseil municipal à la mairie de Corbeil-Essonnes tenue par le maire UMP, Jean-Pierre Bechter. Des vigiles ( de dos) ainsi que la police municipale sont postés a l'entrée. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Deux tentatives d’homicide sur fond de règlements de compte politiques, la fille de l’ex-bras droit de Serge Dassault tabassée et séquestrée, plusieurs enquêtes en cours, la mairie perquisitionnée et depuis ce mercredi, le maire UMP de la ville, Jean-Pierre Bechter, placé en garde à vue… SelonLe Point, le domicile et les bureaux de Serge Dassault auraient aussi été perquisitionnés. D'ailleurs, le bureau du Sénat examinera le 3 juillet une demande de levée de l'immunité parlementaire du célèbre industriel.

A moins de 300 jours des municipales, un juge d’instruction a mis son nez dans les affaires de Corbeil-Essonnes (Essonne). La justice enquête, entre autres, sur une tentative de meurtre qui, selon la victime, serait liée à des abus de bien sociaux, blanchiment d’argent, achats de votes et corruption.

Un «système» d’achat de voix qu’auraient installé l’ancien maire de la ville entre 1995 et 2009, Serge Dassault, ainsi que son successeur, Jean-Pierre Bechter. Il «l'a toujours dit, il n'a rien à voir avec ces tentatives d'homicide. Les investigations le prouveront», a affirmé à l’AFP un proche du maire. Contacté par 20 Minutes, son cabinet n’était pas en mesure ce mercredi après-midi de répondre à nos questions.

Bechter sous protection rapprochée

A Corbeil-Essonnes, 44.000 habitants, il faut montrer patte blanche pour rentrer dans la mairie. Lundi soir, police municipale et «gros bras» de la ville fouillaient les sacs des citoyens venus assister au conseil municipal. Depuis plusieurs mois, Jean-Pierre Bechter, présenté comme le «fils spirituel» de Serge Dassault, sécurise ses déplacements dans la ville. «Il n’a pas d’emploi du temps fixé à l’avance. On ne connaît jamais son agenda. Il passe à l’improviste lors des inaugurations ou des fêtes de quartier», détaille un élu de l’opposition. A la fin du conseil municipal, cet ancien administrateur du groupe Dassault ressort à l’arrière de la mairie où une voiture aux vitres teintées vient le chercher, en vitesse. Une scène devenue ordinaire à Corbeil-Essonnes.

De quoi a peur Jean-Pierre Bechter? Sa garde rapprochée assure qu’il n’y «a aucun problème». Mais son opposant communiste, Bruno Piriou, y voit l’aveu d’un système qui a dérapé. «Ces règlements de compte sont en réalité des règlements du compte de Serge Dassault. Une conséquence des dons d’argent de l’avionneur à des fins électorales. Aujourd’hui, ça se retourne contre eux», avance l’élu d’opposition.                         

Deux fusillades en trois semaines

Les caïds de Corbeil-Essonnes, dont quelques-uns ont affirmé avoir reçu de l’argent liquide par l’ancienne équipe municipale, n’ont-ils pas tous reçu leur enveloppe? Ou le nouveau maire résiste-t-il davantage que Serge Dassault? Ce qui se manifestait hier par des tags sur les murs de la ville, parfois par une ou deux voitures brûlées, ressurgit aujourd’hui de façon bien plus violente. En début d’année, deux hommes ont échappé de peu à la mort dans deux fusillades en pleine ville en moins de trois semaines. L’une des victimes, Rachid Toumi, se confiait alors visage masqué au Parisien. «Corbeil, c’est devenu un système mafieux. L’argent de Dassault a tout pourri», racontait-il.

 


L’ancienne première adjointe de Serge Dassault, qui a quitté l’équipe municipale, y voit la conséquence d’une parole libérée. «Les langues se délient. La justice est en mouvement. On sent qu’il y a une nouvelle configuration», évalue Nathalie Boulay-Laurent.

Mi-mai, c’était au tour de la fille de Jacques Lebigre, ex-bras-droit de Serge Dassault et numéro 2 de l’UMP dans l’Essonne, de se faire braquer au domicile familial. Les cambrioleurs la rouent de coups, la frappent aux jambes avec un tournevis et lui demandent «l’argent». Réaction du père: «Que voulaient ces voyous? Du fric, bien sûr, puisque, depuis des années, des médias irresponsables ont parlé de moi comme d'un “porteur de valises” ou d'“enveloppes”», écrit-il sur sa page Facebook. Lui-même avait été tabassé au même endroit, cinq ans plus tôt.

SMS malveillants

Les proches de la famille Dassault ont déposé plainte contre X pour des coups de fils malveillants et des SMS insistants dans lesquels les expéditeurs réclamaient de l’argent… Le chantage a franchit une étape. Désormais, les caïds enregistrent leurs conversations dans lesquels ils racontent pouvoir mettre en cause celui qu’ils surnomment «le vieux» ou «S.D.».

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Le Supplément du 24/02 - Serge Dassault et les caïds


Le Canard enchaîné, estime que le montant total des «dons d’argent» sortis par Serge Dassault avoisinerait les 1,7 millions d’euros. Autant de billets qui se seraient retrouvés dans les poches des caïds des Tarterêts ou de Montconseil, chargés de tenir «leurs cités» et de faire voter «S. D.»…

Les élus corbeil-essonnois de l’opposition se disent «inquiets». Tous pensent que si Bechter, candidat à sa propre succession, échoue, le prochain premier édile de la ville devra se montrer «costaud» pour résister aux multiples pressions. «Corbeil est une ville déshéritée. Des habitants sont dans une situation où ils ont pu recevoir de l’argent facilement. Il ne sera pas évident de faire cesser cela. Il faudra que le prochain maire en tienne compte. C’est un élément à intégrer», assure Nathalie Boulay-Laurent.