Porte-parole des familles de victimes de Karachi: «Nicolas Sarkozy se moquait de nous»

Vincent Vantighem

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Sandrine Leclerc, fille d'une des victimes de l'attentat de Karachi (Pakistan).
Sandrine Leclerc, fille d'une des victimes de l'attentat de Karachi (Pakistan). — FRANCOIS GUILLOT / AFP

Elle a douté au départ. Mais finalement, Sandrine Leclerc est en convaincue aujourd’hui. Si son père est mort dans l’attentat de Karachi (en 2002 au Pakistan) avec dix autres Français, c’est bien à cause de la mise en place de commissions et rétro-commissions entre la France et le Pakistan en marge de la vente de sous-marins dans les années 1990. Contactée par 20 Minutes, elle réagit aux déclarations de Ziad Takieddine, intermédiaire dans ces contrats d’armements, qui a avoué avoir participé au financement occulte de la campagne d’Edouard Balladur en 1995.

 Comment avez-vous accueilli les révélations de Ziad Takieddine?

Avec beaucoup de satisfaction. Il faut savoir qu’on attend cela depuis onze ans maintenant. On nous a traitées de folles. On nous a dit que toute cette histoire n’était qu’une fable. Et aujourd’hui, on se rend compte que c’est bien à cause cette histoire de commissions qui est le point de départ de l’attentat qui a causé la mort de nos proches.

Pour autant, les juges n’ont pas encore fait de lien clair entre les soupçons de financement occulte de la campagne de Balladur en 1995 et l’attentat de Karachi…

C’est vrai. Mais nous avons nos convictions. Et un faisceau d’éléments qui grossit de jour à jour. Si l’on en croit Takieddine, le camp Balladur a profité des commissions versées dans ce contrat de sous-marins pour financer sa campagne. Or, on sait que c’est l’assèchement de ces commissions, quelques années plus tard, qui aurait conduit à l’attentat de Karachi.

Mais il n’y a toujours pas de lien ni de preuve…

Oui mais il n’y a pas d’autres pistes. «Malheureusement, c’est la seule piste crédible» nous a dit le juge Marc Trévidic qui a enquêté sur toute cette affaire…

De quel œil jugez-vous les hommes politiques impliqués dans cette affaire?

Avec beaucoup de colère. On s’est moqué de nous pendant des années. Des personnalités politiques nous ont regardé, droit dans les yeux, en promettant de nous aider à faire éclater la vérité. Je pense notamment à Nicolas Sarkozy et à ses promesses. Il se moquait de nous. Il ne pouvait pas ne pas être au courant.

Que réclamez-vous aujourd’hui?

Léotard, Balladur, Donnedieu de Vabres ont un point commun: ils ont tous la Légion d’honneur. Je voudrais qu’on la leur retire. Ce ne sont pas des hommes d’honneur.