Karachi: Takieddine reconnaît avoir financé la campagne de Balladur à hauteur de six millions de francs

A. S.

— 

L'intermédiaire en armement Ziad Takieddine, mis en examen dans le volet financier de l'affaire Karachi, a pour la première fois reconnu devant les juges avoir perçu une commission en marge de contrats signés avec le Pakistan, selon le Journal de dimanche (JDD).
L'intermédiaire en armement Ziad Takieddine, mis en examen dans le volet financier de l'affaire Karachi, a pour la première fois reconnu devant les juges avoir perçu une commission en marge de contrats signés avec le Pakistan, selon le Journal de dimanche (JDD). — Miguel Medina afp.com

Ziad Takieddine a reconnu avoir remis six millions de francs (1.220.000 euros) à Thierry Gaubert, proche de Nicolas Sarkozy à l’époque des faits, lors de trois voyages à Genève la fin de 1994, assure lemonde.fr. Les fonds étaient destinés à Nicolas Bazire, le directeur de campagne d’Edouard Balladur.

>>Lire tous nos articles sur Ziad Takieddine ici...

L'homme d'affaires au coeur du volet financier de l'affaire de Karachi a livré ces aveux, jeudi 20 juin, aux juges Renaud Van Ruymbeke Ruymbeke et Roger Le Loire. Il a donc admis avoir œuvré au financement occulte de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995, via des rétrocommissions issues des contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite et le Pakistan.

«Placé en détention provisoire depuis le 31 mai pour avoir tenté de se procurer un vrai-faux passeport dominicain, sans doute destiné à lui permettre de s'enfuir, M. Takieddine, lâché par ses anciens amis balladuriens et sarkozystes, ne supporte pas son incarcération, ce qui explique sans doute son changement d'attitude», croit savoir lemonde.fr.

Négociations de contrats d’armement contre rétrocommissions

Nicolas Bazire l'aurait appelé en décembre 1993 pour l'informer qu'il allait être contacté par Thierry Gaubert, collaborateur de Nicolas Sarkozy à la mairie de Neuilly puis au ministère du Budget, qu'il avait mandaté. Il s'agissait de préparer la visite d’Edouard Balladur en Arabie saoudite, avec l'espoir de décrocher un contrat de vente de frégates, dit Sawari II.

Après la signature du contrat en novembre 1994, Thierry Gaubert réclame 1,5 million de francs issus de cette vente, afin de financer la campagne d’Edouard Balladur. Ziad Takieddine accepte à condition qu'il lui remette en cash à Genève. Les deux hommes s’y retrouvent. Une mallette contenant des coupures de 500 francs est remise à Thierry Gaubert.

Des valises de cash à gogo

Selon Ziad Takieddine, «cette remise de fonds s'apparentait à un retour d'ascenseur logique, le contrat Sawari II lui ayant rapporté une fortune», écrit lemonde.fr. Un deuxième rendez-vous est organisé dix jours plus tard avec une valise d'espèces d'1,5 million de francs.

Lors d’une troisième visite, Thierry Gaubert aurait réclamé trois millions de francs. «On doit boucler les comptes, il nous manque trois millions et quelques», aurait-il dit à Ziad Takieddine. Lequel trouve la demande excessive. Mais obtempère.

François Léotard et Renaud Donnedieu de Vabres également mis en cause

Ziad Takieddine a également mis en cause François Léotard, ministre de la Défense entre 1993 et 1995, et son conseiller Renaud Donnedieu de Vabres. Les deux hommes avaient imposé le duo Takieddine et son associé El-Assir dans les contrats d'armement. Renaud Donnedieu de Vabres aurait demandé à Ziad Takieddine de l’aider à payer le loyer de son appartement parisien. «Je lui ai payé en cash allant jusqu'à des sommes entre 15.000 et 20.000 francs à chaque fois.» Ziad Takieddine assure avoir également «financé» une partie de l'installation de Renaud Donnedieu de Vabres à Tours ainsi que sa campagne législative en 1997.

L’avocat de Ziad Takieddine, Me Francis Vuillemin, a reconnu au Monde que ce que son client a lâché aux magistrats est «énorme». Son client sera prochainement confronté à Thierry Gaubert et Nicolas Bazire.