Interpellation d'islamistes présumés en Ile-de-France: Qui sont les six individus arrêtés par la police antiterroriste?

ENQUÊTE n des suspects avait déjà été condamné pour avoir fait partie d'une cellule qui projetait en 2000 de faire exploser une bombe sur le marché de Noël de Strasbourg...

William Molinié

— 

Des voitures de police arrivent devant le siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois-Perret le 10 mai 2011, après un coup de filet dans le milieu islamiste français en région parisienne.
Des voitures de police arrivent devant le siège de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) à Levallois-Perret le 10 mai 2011, après un coup de filet dans le milieu islamiste français en région parisienne. — T. COEX / AFP

L’enquête, sur initiative de la sous-direction anti-terroriste (Sdat) de la police judicaire, a été ouverte il y a six mois. C’est un individu fraîchement sorti de douze années de prison pour un braquage en région parisienne qui a mis sur le qui-vive les enquêteurs spécialisés. Plusieurs surveillances ont révélé qu’à sa sortie, il se rapprochait d’un autre homme qu’il avait connu pendant son séjour derrière les barreaux. Selon les tuyaux qui remontent à l’époque aux policiers, il se serait radicalisé à son contact, en cellule.

L’un des individus a déjà été condamné dans un autre dossier anti-terroriste

Ces deux hommes sont présentés par les policiers comme les «meneurs» de l’équipe. Ou tout du moins, «les plus impliqués», précise à 20 Minutes un policier. Autour d’eux, gravitent quatre hommes, dont un Béninois et un Comorien, connus pour des délits de droit commun. L’un d’entre eux, arrêté à Stains (Seine-Saint-Denis) lundi, est une «connaissance» des deux premiers. Il a déjà été, selon nos informations, condamné dans un autre dossier «anti-terroriste». Il s’agissait d’une cellule démantelée en 2000 par la Sdat et qui envisageait de faire exploser une bombe sur le marché de Noël de Strasbourg.

Certains sont soupçonnés d’être «montés» au braquage, en avril dernier à Pont-Carré (Seine-et-Marne), petite commune voisine de Roissy-en-Brie d’où sont originaires au moins quatre d’entre eux. Armes aux poings, ils ont attaqué la Banque postale. Mais la caisse était quasiment vide et sont repartis presque bredouille. «Ils n’ont volé que 2.000 euros», indique un policier, qui précise qu’ils ont pu commettre, «avant ou depuis», d’autres braquages. En tout cas, les surveillances et les écoutes prouvent, selon les sources policières, qu’ils envisageaient d’autres actions. Ce qui expliquerait que des armes à feu aient été découvertes lors des perquisitions.

Des attentats financés grâce à l’argent des braquages?

De la documentation «à caractère islamiste radical», aussi, a été retrouvée. Car, selon la police, ils projetaient de commettre des attentats sur le territoire français, grâce à l’argent des braquages. Des sources «protégées» auraient rapporté aux enquêteurs qu’ils envisageaient par ailleurs de «toucher» des personnalités politiques et religieuses françaises. «Il n’y a pas d’objectif précis. Mais on sait que leur projet s’inscrivait davantage sur le long terme», nous précise un enquêteur. «Aucune liste n’a été retrouvée», confirme une source judiciaire.

L'un d'entre eux est, selon nos informations, soupçonné d'avoir pris des contacts avec des djihadistes syriens et maliens.

«Bien intégré à la mode “Tecktonik”»

Placés en garde à vue dans les locaux de la Sdat à Levallois (Hauts-de-Seine), les six individus ont des responsabilités différentes. «La procédure ne fait que commencer», avertit une source judiciaire. D’ores et déjà, les policiers pensent que les dossiers de deux d’entre eux «sont plus lourds que ceux des autres». «Ils ne parlent pas beaucoup», note un enquêteur, qui espère avoir plus de chance avec les quatre autres. Le plus jeune des deux est rentré en prison «plutôt civilisé, bien intégré et à la mode “tecktonik”, indique-t-on. Il en est ressorti radicalisé et barbu.» Son acolyte était depuis plusieurs mois sous contrôle judiciaire et attend un jugement en novembre prochain pour «séquestrations».

Les autres «ne sont pas forcément tous des islamistes radicaux», note une source judiciaire. Mais, poursuit un enquêteur, certains étaient «en demande de prêches». D’ailleurs, quelques-uns prévoyaient de s’installer ensemble à Trappes (Yvelines), connue, selon les services de renseignement, «pour abriter des défenseurs de l’islam radical». «Ils voulaient déménager pour être au cœur du nid», assure cette source.

Les six individus ont été interpellés mardi. Les deux premiers à Trappes, un à Stains, et les trois autres à Roissy-en-Brie. L’opération a été orchestrée par le Raid, l’unité d’élite de la police nationale. Ils sont en garde à vue pour une durée maximale de 96 heures, soit jusqu’à samedi matin.