Un nouvel «Horizons» pour les parents toxicomanes

Vincent Vantighem

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Le 25 juin 2013. L'association HORIZONS est basee dans le Xeme arrondissement de Paris. Elle est specialisee dans la prise en charge de parents en difficultes, notamment ayant une problematique d'addiction. Le Dr Jean EBERT, medecin-directeur recoit la deleguation du MILDT - Mission interministerielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie
Le 25 juin 2013. L'association HORIZONS est basee dans le Xeme arrondissement de Paris. Elle est specialisee dans la prise en charge de parents en difficultes, notamment ayant une problematique d'addiction. Le Dr Jean EBERT, medecin-directeur recoit la deleguation du MILDT - Mission interministerielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie — V. WARTNER / 20 MINUTES

Un gros camion de chantier. Des jeux de société. Et des peluches par dizaines. Quand les deux enfants de Julie* se rendent au centre Horizons (Paris, 10e), ils s’amusent. Et ne se doutent pas que, dans le bureau jouxtant la salle de jeu, leur maman est occupée à discuter de son traitement de substitution à l’héroïne et de sa capacité à se réinsérer.

Ouvert en 1986, le centre Horizons est le seul d’Ile-de-France à prendre en charge les parents toxicomanes. Julie a poussé cette porte en 2010, alors qu’elle attendait son deuxième enfant. «Quelques mois d’héroïne, beaucoup de codéine et de l’alcool quand j’ai décroché des opiacés, détaille elle quand on l’interroge sur ses addictions. Contrairement aux autres associations, le centre Horizons est le seul à m’avoir proposé une prise en charge spécifique à ma situation.»

«Sortir de l’image de l’ado délinquant marginal»

Toxicomane, femme et mère : «il est temps de sortir de l’image de l’adolescent délinquant marginal qui colle aux drogués», réclame Danièle Jourdain-Ménager. La présidente de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues (Mildt) a visité, mardi, le centre Horizons. A la veille de la Journée internationale de lutte contre les toxicomanies, elle en a tiré quelques idées qu’elle va soumettre dès cet été au gouvernement à l’occasion de la remise de son plan d’actions.

«Dans le milieu très macho des drogues, il y a une vraie réprobation envers les femmes qui prennent des produits, confie Jean Ebert, psychiatre et fondateur d’Horizons. Du coup, elles consomment souvent en cachette, à l’insu de leur compagnon, et sont moins susceptibles d’entamer une démarche de soins…» L’arrivée d’un enfant fait souvent figure de déclencheur. «Sur les 270 toxicomanes que le centre accueille chaque année, 70% sont des femmes, détaille ainsi Rachel Guichard, la chef de service.  Et bien souvent, nous les suivons sur le long terme.»

On apprend à certaines mamans à chanter des comptines

Comme Louisa qui cherche à reprendre pied depuis dix ans déjà après avoir connu sept overdoses. «Il a fallu du temps. Mais les psys que j’ai vus m’ont toujours écoutée. Cela a permis de renouer le contact avec mes cinq enfants même si, aujourd’hui, je suis encore un peu une étrangère pour eux…» Outre son traitement au Subutex, l’association a permis à Louisa de bénéficier d’une place dans un hôtel social. «Nous avons aussi une dizaine d’appartements thérapeutiques pour relancer les patients…», poursuit Rachel Guichard.

Et surtout leur permettre d’élever correctement leurs enfants malgré les addictions. «Les gamins savent bien de quoi il s’agit, résume Jean Ebert. Plus ils grandissent, plus ce sont eux qui amènent leurs parents au centre. Ils souffrent beaucoup de la situation.» Car, accros, les patients sont souvent démunis. «Nous devons apprendre à certaines mamans à chanter des comptines ou à câliner leur bébé quand il pleure», raconte ainsi une assistante sociale. Ce qui fait sourire Jean Ebert : «A l’inverse, je me souviens d’un grand costaud balafré et dealer notoire qui berçait tendrement son petit…» Un bon début pour changer d’horizon.