Vincent Cespedes: «On est ambitieux même quand on s'occupe de ses enfants»

SONDAGE Selon un sondage de l'observatoire «Terrafemina» réalisé par CSA et dévoilé ce mardi par «20 Minutes», l'ambition n'est plus taboue chez les femmes, surtout chez les plus jeunes. Les explications de Vincent Cespedes, philosophe et auteur de «L'ambition ou l'épopée de soi»...

Propos recueillis par Ide Parenty, de Terrafemina.com

— 

Le philosophe Vincent Cespedes (archives).
Le philosophe Vincent Cespedes (archives). — ANDERSEN ULF/SIPA

Qui est la femme d’aujourd’hui? Que veut-elle? Quelles sont ses ambitions et ses valeurs? 20 Minutes et Terrafemina.com, en partenariat avec l’institut CSA, livrent l’observatoire «Dans  le miroir des femmes». Une introspection en trois vagues qui se penche sur leur rapport au corps, à l’ambition, et, enfin, à la féminité. Vincent Cespedes, philosophe et auteur de L’ambition ou l’épopée de soi qui sort en octobre chez Flammarion, décrypte les résultats de cette étude sur l’ambition des femmes, un sujet qui n’est plus tabou.

>> Les résultats de la deuxième vague du sondage sont là

D’après l’observatoire Terrafemina-20 Minutes-CSA, 48% des femmes s’estiment ambitieuses, contre 49% qui déclarent ne pas l’être. L’ambition est-elle un trait de caractère qui divise?  

Oui, c’est un mot qui a une connotation extrêmement négative en France. On l’associe souvent à la quête vaine et égoïste de gloire, aux «dents qui rayent le plancher», beaucoup moins souvent à la possibilité de changer le monde. Il faut pourtant reconnaître que cette valeur revient dans le monde de l’entreprise. Ce n’est pas donc pas étonnant de voir les plus jeunes s’en emparer. De plus, la notion d’ambition est empreinte d’avenir: il est forcément plus difficile de se projeter lorsqu’on a 50 ans. L’ambition, c’est l’énergie de la jeunesse.

 

>> Les résultats de la première vague du sondage sur le rapport des femmes à leur corps sont à retrouver par là

L’épanouissement est la première ambition professionnelle des femmes (40%). Un chiffre étonnant, selon vous? 

Non, ce n’est pas étonnant. L’ambition d’être heureux est un slogan publicitaire qu’on nous martèle depuis trente ans! Mais nous nous trompons de définition, on parle ici plus de volonté que d’ambition. Ce mot vient du latin et désignait ceux qui, souhaitant obtenir des mandats électoraux, déambulaient dans le forum. Mais aujourd’hui, la méritocratie étant en panne -les femmes sont confrontées au plafond de verre-, nous essayons donc de transformer la notion d’ambition. On tente de la démocratiser: nous voulons tous être épanouis, nous sommes donc tous ambitieux. Sauf que tout le monde devrait pouvoir l’être dans sa définition première…

 >> Le témoignage de Catherine Barba, entrepreneuse de choc est à lire par ici

55% des femmes sont prêtes à faire des sacrifices pour réaliser leurs ambitions, à commencer par le temps qui leur est consacré, que pensez-vous de ce chiffre? 

Le temps n’est pas un gâteau que l’on partage. On est ambitieux même quand on s’occupe de ses enfants. L’ambition, c’est une volonté d’amélioration globale. C’est d’ailleurs une erreur de croire que c’est en se sacrifiant que les femmes réussiront. Je pense qu’elles ne doivent faire aucun compromis. L’ambition est quelque chose de profondément passionnel. C’est pour cela que je pense qu’il faut travailler, face à la dépression générale, sur la réintroduction des émotions au travail. En laissant place à la passion, on laissera plus de place à l’ambition.

>> Retrouvez aussi tous les articles de Terrafemina.com