Mort de Clément Méric: Différentes interprétations autour d'une vidéo de la scène du drame

FAITS DIVERS Les images d'une caméra de surveillance de la RATP accréditent la thèse de l'homicide involontaire selon RTL, tandis que «Libération» soutient que rien ne permet de le dire...

E.O.

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Rassemblement et manifestation contre le fascisme et l'homophobie suite à l'agression et la mort de Clément Méric, le 23 juin 2013 à Paris.
Rassemblement et manifestation contre le fascisme et l'homophobie suite à l'agression et la mort de Clément Méric, le 23 juin 2013 à Paris. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Trois semaines après la mort à Paris de Clément Méric, une caméra de surveillance de la RATP éclaire sur les circonstances de son décès. La police technique et scientifique a, en effet, décrypté les images filmées par un appareil à la station Havre-Caumartin, en face du lieu de l’agression mortelle du jeune militant antifasciste.

La scène ne dure que quelques secondes. Selon RTL, qui a révélé l’information ce mardi matin, on voit d’abord sur cette bande une bagarre générale: Esteban M., le meurtrier présumé, se bat avec deux amis de Clément Méric. Le jeune militant antifasciste se précipite alors vers le skinhead, qui se trouve de dos, apparemment pour le frapper au crâne. Esteban M. se retourne et assène un coup de poing au jeune homme, en plein visage. Clément Méric tombe à terre immédiatement, inconscient. Au sol, l’étudiant n’est pas lynché.

«Qu’est-ce que cela changerait?»

Toutefois, d'après un commissaire de la police judiciaire cité par Libération, le journaliste de RTL qui a eu accès à la bande n’a pas précisé que la vidéo «ne montre [des images] que 20 cm au-dessus du sol, c’est-à-dire les jambes des personnes». Les protagonistes sont donc reconnus à leurs «chaussures claires» pour Clément Méric, et aux «godillots» pour Esteban M.

«La PJ ne comprend pas comment RTL peut laisser entendre que Méric déclencherait l’agression sur  [Esteban M.], lequel riposterait», note le quotidien sur son site. Et quand bien même. «Qu’est-ce que cela changerait si Méric assénait un coup dans le dos à [son agresseur] au cours de la bagarre? Les échanges de coups ne sont niés par personne, ni côté extrême gauche ni côté extrême droite», souligne un policier auprès de Libération.

«Il semblait vraiment haïr ces gens»

Selon le procès verbal du témoignage d'un vigile interrogé par la police et consulté par Le Point, «Clément Méric voulait vraiment en découdre. Il semblait vraiment haïr ces gens». Ce témoin a raconté aux enquêteurs avoir demandé aux militants antifascistes de quitter les lieux, ce qu'ils auraient feint de faire. Trois skinheads, eux, seraient partis du magasin où se déroulait la vente privée de façon à ne pas croiser le groupe mais se seraient trompés de direction. Dans le même temps, ils ont téléphoné à Esteban M., qui les a rejoints, accompagné d’une cinquième personne.

En revenant sur leurs pas, ils se seraient finalement retrouvés face aux militants d'extrême gauche. Un des skinheads, aujourd'hui mis en examen, aurait reçu le premier coup. Selon des témoignages consultés par Le Point, «les mecs d'extrême droite ont cherché à échapper à l'affrontement, n'ont fait que se défendre, puis ont répliqué».

Interrogations persistantes

Une chose est sûre: grâce à la vidéo de la RATP, l’identité de l’auteur du coup de poing mortel ne fait aucun doute, selon RTL. En revanche, les images ne permettent pas de dissiper certaines interrogations: Impossible de dire avec certitude si le meurtrier a donné un ou deux coups, ni s’il portait un poing américain.

Dans un communiqué publié mardi aprés-midi, l'Action anti-fasciste et Solidaires Etudiant-e-s déclare que «Les camarades présents avec Clément le 05 juin maintiennent leur version». Ils confirment qu'«il y a eu des échanges verbaux à l'intérieur du magasin devant les messages ouvertement racistes et tombant sous le coup de la loi arborés par les skinheads», que «l'agression physique survenue à l’extérieur du magasin est le fait des skinheads qui se sont approchés, ont encerclé nos camarades puis les ont agressés. Les militants néonazis étaient armés de coups de poing américains et ont tué Clément Méric» et qu'il est «impossible que des images montrent Clément se précipiter vers son agresseur pour lui porter un coup dans le dos. C'est au contraire Esteban qui a quitté le centre de la rue pour se diriger vers Clément.»

Esteban M., 20 ans, a été mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner et placé en détention provisoire le 8 juin.